L’enfer est toujours suivi du paradis ☀️ – Nouvelle-Zélande 8

Ou les paradoxes du voyage

Cromwell 👉 Milton

Hier soir, nous disions au revoir à Patrick qui partait vers l’ouest quand nous prenions la direction du sud. 

Le trail que nous avions pris la veille continuait pour aller jusqu’à Roxburgh, notre prochaine étape, mais après étude du terrain nous n’allions pas l’emprunter. Un dénivelé important sur du gravel, nous en étions devenus frileux. 

Nous décidons alors de prendre la Highway 1 qui descend vers le sud. Il est dimanche et la période des vacances scolaires est toujours en cours. Laissez-vous imaginer le trafic.
Pas si vite les amis ! 

La journée commence par une belle matinée. Nous prenons notre temps à réaliser les tâches quotidiennes de sortie de campement. 

La piste qui nous a bien plu la veille nous sert de guide-directeur vers le centre de Cromwell. Nous y découvrons un carré historique relatant le passé où le village était animé de chercheurs d’or. Nous avons même droit à des joueurs de cornemuses, elles-mêmes accompagnées de tambour. Une jeune danseuse s’anime également devant eux. Une parenthèse poétique. 

Nous nous dirigeons alors vers la route principale où nous constatons déjà l’animation intense. Dans nos esprits respectifs, nous nous disons que la journée ne va sûrement pas être facile et qu’en même temps nous avons déjà surmonté ce genre de conditions. Il fait beau, pas très chaud, tout devrait se passer comme sur des roulettes. 

Le premier pont qui nous fait rejoindre la route qui longera la rive gauche de la Clutha River est déjà une expérience. Je ne me sens pas le bienvenu. Des personnes dans leur voiture me font signe que je devrais être sur le trottoir. La couleur sera donnée pour les 30 prochains kilomètres. Les plus durs de toutes mes expériences à vélo. J’attends Lisa à l’intersection pour se donner le top départ puis nous prenons chacun notre rythme. 

La route vallonne sans que ce ne soit particulièrement difficile. Cela devrait être du gâteau et plaisant. 

Le contexte fait que le trafic est intense. Une multitude de voitures arrive dans le sens inverse, ainsi que dans mon sens. 
J’expérimente l’habituel en plus notable en me faisant frôler par des automobilistes qui jugent avoir la place de me doubler lorsqu’ils croisent une autre voiture. Sans réduire leur vitesse, limitée à 100 dans le pays. 

Même avec mon rétroviseur, je commence à avoir peur véritablement en constatant ces imprudences ou ces actes de bonne foi. Je suis maintes fois surpris, littéralement, à sentir le souffle du rétro me passer à côté. Je me colle de plus en plus sur ma gauche mais pas trop. Si je m’installais trop à gauche, aucune personne ne ferait l’effort de créer l’écart. Vérifié et testé. 

Je suis tendu donc pendant cette traversée. Je m’inquiète de ce que vit Lisa derrière moi, non loin.
 Je pense être en train de réaliser ma meilleure performance sur les 15 kilomètres déjà parcourus. 

Le désir de m’échapper au plus vite de ce désastre m’obsède. Une aire de pique-nique se présente. Pendant quelques minutes, je m’arrête pour boire et manger. Le fléau incessant des moteurs m’envahit. La raison m’amène à décider de continuer jusqu’à la prochaine jonction de route qui me ferait tourner dans le centre du prochain village, Clyde. 

Si Lisa me voit là, et que l’on s’arrête, nous n’aurons jamais envie de repartir. Je lui lance de l’amour et des encouragements par la radio.  Reprendre est irritant mais plein d’espoir. Il y a une multitude de personnes dont l’attention se ressent et me rassure. 

Jusqu’à ce que je me fasse de plus en plus klaxonner. Les courtes ascensions obligent, cela semble irriter. Certaines et certains n’hésitent pas à m’insulter fenêtre ouverte me signifiant que je devrais être dans le fossé, montrant un espace qui ne s’y trouve pas. Je me lance mentalement dans une chasse au calme et à la quiétude entourée de prédations. 

J’ai peur, peur pour ma vie qui ne tient qu’au bon désir des autres. Merci à ceux qui feront le bien lors de cette journée. La dernière côte avant le virage semble libératrice. 

J’opte sans le savoir pour le bonus. Des jeunes dans leur pick up sortent la tête par la fenêtre. Me disent quelque chose qui n’a pas l’air gentil, me crachent dans le vent, puis accélèrent avec un bon comptant de suie.
Je leur envoie un bisou plein d’ironie. 

L’incompréhension face à cette violence venue de je ne sais quel puits me sidère.
Et c’est un peu la sidération que je retrouve dans l’arrivée de Lisa. Je lui ai envoyé l’énergie qui me restait. 

J’imagine son état le temps que je l’attende. Puis je la vois au loin poussant ses pédales de ses dernières forces.
Je pense silencieusement avec un brin de révolte : on n’est pas venus pour ça. On voulait juste aller d’un point A à un point B. 

Elle tombe dans mes bras en pleurs. Je pleure dans son épaule.
Ses tremblements ne sont que la partie infime de l’expression de ce qu’il se passe en elle.
Elle n’en peut plus. Elle a donné tout ce qu’elle avait. Son vécu est le même, sinon pire que le mien. 

Jamais nous n’avons connu telle violence et jamais nous ne voulons que cela se reproduise.
Le pire finalement, c’était le verbal. 

Ce n’est pas si pire quand on y pense.

Il y a de l’amour dans le cœur des gens. Et parfois, quand on a perdu la foi, il vient nous surprendre.
Quand on en a besoin, par d’autres chemins, le plateau qui transporte la bonté des gens s’impose à nous. 

Nous prenons le chemin du centre de Clyde. Un village de pionniers sans qu’il n’y ait plus rien à voir.
À part un barrage où l’on s’arrête pour admirer le puissant craché d’eau. Dans le contrebas, nous mangeons nos sandwichs réconfortants. 

L’épuisement creuse et la nourriture est pour nous un remontant notable. À toute épreuve et, à vrai dire, toujours.
Nous prenons la décision de nous arrêter ici pour aujourd’hui, nous ne pouvons pas poursuivre.
Plus tard, nous comprendrons le traumatisme que cette expérience nous aura laissé en petits éclats. 

Il nous faut remonter au village à pied, une chance, ce n’est qu’à 500m. 

Nous apercevons une camionnette d’un tour opérateur d’aventure en vélo. Par le pur des hasards, il aurait des solutions pour nous ? Des chemins plus tranquilles, par exemple, adaptés à notre chargement. 

Lisa s’effondre, autant en expliquant ce qu’il nous est arrivé qu’en recevant la bonté de David, le gérant, qui va nous aider.
Et comment ! Nous avons l’idée de garder le sens de notre route et savons que le Clutha Gold Trail commence à Roxburgh, notre destination initiale du jour. 

“Je vous garantis que vous n’avez pas envie de prendre la route jusqu’à Roxburgh ! Avec son dénivelé en plus…” 

On t’écoute David. Il nous dégote une navette qui nous mènera jusqu’au prochain barrage et qui se trouve à deux rues du Post Office Café devant lequel nous sommes en train de discuter. 

Première bénédiction du jour. Nous avons l’échappatoire. Une dame adorable nous prend la réservation pour le lendemain. 

Nous n’avons plus qu’à trouver l’endroit où dormir. Peu d’options dans le coin. Il nous est arrivé de beaux signes du destin depuis le début du voyage mais là… 

On se pointe au camping du village : “Plus de place. On ne peut pas accueillir plus de personnes que la capacité des sanitaires”. Ah mince alors ! On n’avait pas eu cette issue-là encore. Originale. Remontant la rue, on se penche sérieusement à demander aux gens de pouvoir planter la tente chez eux. 

D’abord, ce sera un café. Il n’est pas si tard. On a le temps.
Retour au Post Office. D’ailleurs, l’endroit est charmant avec sa structure en briques rouges et son jardin derrière, au calme. Nous nous dirigeons vers le comptoir pour commander. À notre tour, nous demandons deux Long Black. 

Et Lisa de s’aventurer à demander si la dame, qui nous semble bien gentille déjà, si elle ne connaitrait pas quelqu’un qui accepterait que l’on pose notre tente dans son jardin.
Elle n’en dit pas plus sur le moment. À part que : “Oui, chez moi c’est possible”. Si l’on n’est pas allergique aux chiens ou aux chats. Il faudra faire le tri avec les crottes de chiens aussi. 

La générosité pure de cette dame nous envahit d’une seule vague. “Vous êtes sûre ?” Lisa en a les yeux humides. J’essaye de suivre ce que Glenda nous dit. 

On va s’asseoir avec délicatesse à notre table, notre numéro de table à la main. 

Que vient-il de se passer en si peu de temps ? Un autre miracle ? 

Glenda revient à nous à la fin de son service pour nous donner les détails. Il faudra passer dans les trois heures à suivre, avant le service du soir. 

Les mots nous seront manquants au fil des heures de cette journée. 

Elle habite de l’autre côté de la rivière, un peu plus haut. 

Arrivés chez elle, elle nous indique finalement que l’on peut dormir dans le bungalow accolé à sa maison. 
Pas besoin de déployer la tente ! Un toilette et une douche sont même à l’intérieur. 

Cette journée semble irréelle, et pourtant. 
Il pleuvra de la soirée jusqu’au petit matin avec une teinte orageuse. La chance était aussi d’être à l’intérieur, au sec. 
Le soleil se couchant, mangeant nos ramens, nous philosophons sur la tournure de ces 12 dernières heures qui venaient de s’écouler. 

Qui peut créer un tel scénario. Il n’appartient même pas à un film qui aurait été magistralement écrit. 

Parfois la vie fait bien mieux. 

Nous avons rencontré de belles âmes.  

Elles deviennent, même sans paroles, génératrices de motivations pour avancer chaque jour. 

Une suite remplit d’or. 

Glenda nous a offert un havre de paix dont nous avions besoin pour juste nous retaper. Son hospitalité nous a réchauffé les cœurs et nos âmes. 
Et si nous n’en avions pas eu assez, elle nous dira le lendemain matin : “Et si pour n’importe quelle raison vous avez besoin, vous êtes les bienvenus, vous savez où dormir”. 

Cette nouvelle journée qui commençait ne pouvait que bien commencer. 

Petite descente vers Clyde de nouveau, Glenda habitant à deux pas, notre shuttle nous attend. Ce sera Jeremy qui nous conduira jusqu’au barrage de Roxburgh où commence le trail. Ce monsieur, d’un peu plus de 70 ans, nous charge les vélos calmement et méthodiquement. 

Pendant que nous nous installons à l’intérieur avec les sacoches. Il n’y aura que nous en plus dans ce grand van ! Les quelques minutes d’attente nous font papoter. 

Un couple se promène sur le trottoir à côté du van. 
“Hey !”, cette femme semble nous connaitre. “On s’est rencontrés à Wanaka.” 
Mais bien sûr ! Elle se prénomme Jess, nous lui avions demandé de nous prendre en photo au bord du lac. 
*Vous vous souvenez ? Ce petit matin tout doux avant de prendre la route, deux jours plus tôt. 
Nous discutons brièvement. Ils habitent à Queenstown…et nous propose de loger chez eux lorsque nous y arriverons. 

Quel signe du destin encore. Nous prenons rendez-vous. À bientôt Jess et Jono. 

La route que nous découvrons en van est celle que nous aurions dû parcourir en vélo. Sur le moment, on s’imagine bien le nouveau calvaire que nous aurions pu vivre. 

Il est temps alors de reprendre la route vers le sud ! Le début du trail nous enchante. C’était comme se retrouver sous une douche chaude après un jour de pluie. La révélation d’un ailleurs meilleur. Une piste douce qui longe la rivière et son bruit qui donne soif. 

Sous le soleil, nous savourons les points de vue saisissants qu’offre le lit en serpent. 

Nous revoyons Elisa, bikepackeuse, croisée la veille. Elle ne souhaitait pas non plus prendre la highway. L’option qu’elle choisit fut de passer par la rivière en jet boat. Il la déposera au barrage aussi, mais un peu plus tard. Elle nous rejoindra au moment de notre pause-déjeuner. À cette occasion, elle nous donnera des abricots que son Warmshower lui a donné en grande quantité. Merci à toi car ils étaient succulents ! 

Ce trajet nous mènera jusqu’à Milton, soir du 31 décembre. Réveillon de cette fin d’année 2024. 

Un petit arrêt d’une nuitée aussi au Beaumont Hotel mais à poser la tente quand même. 

En chemin, nous nous arrêterons à un café situé en lieu et place d’une ancienne gare. Nous suivons en effet une ancienne voie de chemin de fer. Les gens qui tenaient ce lieu étaient vraiment sympathiques nous ont conseillé d’aller voir l’ancienne gare retapée récemment.
Ces petits moments “découverte” nous restent en mémoire. 

Ce qui nous surprend beaucoup, c’est d’avoir, dans la discussion au milieu de nulle part, des références à la France, comme notre président. On s’étonne agréablement, autant des connaissances géographiques et géopolitiques des personnes croisées que du rayonnement de base de notre pays. 

L’Histoire reste l’histoire de chacun. Son impact se constate à différentes échelles, ici et là, au détour de discussions. 

Plus l’on descend, plus il fait frais. Nous sommes en été pour rappel. Les sensations sont aussi surprenantes pour nous que pour les habitants. On fait avec ça pour accepter la situation. Parfois on rage sur le vélo d’avoir les doigts qui fourmillent. 

Le vent ne sera pas le meilleur des amis pour ces jours à venir. 

Pour l’heure, je vous le disais, nous sommes arrivés à Milton pour le réveillon. La longue ligne droite longeant le chemin de fer est toujours une expérience de patience. Avec la hâte de se retrouver au chaud, encore plus. La toute petite ville fait pâle figure. Le motel dans lequel nous établirons nos quartiers sera vide. 

À part de notre présence. 

Avoir l’occasion de se réfugier dans ces lieux, comme l’hôtel ou un Airbnb, est souvent l’occasion de se faire plaisir. 

Cela peut être au niveau de la confection de plats que l’on ne peut se faire d’habitude. Aussi profiter du confort de la salle de bain pour s’octroyer des petits soins. Laver ou simplement avoir certaines attentions pour notre matériel. 
Et puis nous retrouver tous les deux, faire le point de nos émotions, discuter des jours derniers, et savourer l’instant ensemble. 

Passer le nouvel an ailleurs que chez soi, loin des amis et de la famille, dans un autre pays reste une expérience en soi.
 Nous le passons tous les deux. Tellement heureux de l’aventure que nous nous offrons. 

La soirée se passe en un lieu totalement perdu dont seuls nous se souviendrons. 

Pourtant rien n’est à ajouter, tout est là. 

Demain, nous reprendrons la route. 

Un simple 1er janvier de l’année 2025. 


Et vous, avez-vous déjà eu réellement peur pour votre vie en voyage ? Des miracles à partager ?
On répond à toutes vos questions en commentaire si vous souhaitez en savoir plus sur certains points.


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3 réflexions sur “L’enfer est toujours suivi du paradis ☀️ – Nouvelle-Zélande 8

  1. Un petit message pour vous dire combien m’a surpris , et fait râler rétrospectivement, la relation du trajet infernal, ayant eu pour ma part pas plus d’1 ou 2 frôleurs / jour. Heureusement que tout s’est bien terminé pour vous. Merci pour les photos et commentaires, et le vent d’aventure qui souffle avec…

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Patrick pour ton message. C’était quelque chose, en effet. Pensées parallèles vers toi en plein voyage. Nous avons été ravis par la suite, les routes étaient beaucoup plus clémentes. Hâte de raconter ça ! 🤗

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