Ou trouver des cœurs chaleureux
Swansea 👉 Hobart
Aurions-nous imaginé cela un jour ?
Un bon repos mérité à Swansea. Nous en avions besoin, notre corps nous l’a vraiment fait savoir.
Le sommeil emmagasiné nous le rend bien au moment de prendre la route vers Triabunna.
La chambre avec vue sur la baie était un luxe que nous n’avions pas encore eu.
Dans ce confort disons. Car, en tente, nous aurons vécu des moments de la même veine aux tout autres sensations.
Se remettre en selle ce matin nous remplit de joie. En Tasmanie, on se pose peu de question à propos de la route. Il nous faudra suivre, toujours et encore, la route de la côte est.
Le soleil continue à se lever. Au loin, nous apercevons le Queen Elizabeth s’approchant du Freycinet National Park. La brume nous laisse apercevoir Maria Island. Cette île est une réserve. On peut y dormir quelques jours ou bien y aller pour la journée. On pourra y observer toutes sortes d’animaux qui constituent la faune tasmanienne.
Les kilomètres s’enchaînent avec un vent qui nous pousse doucement. À un certain point, la hâte d’arriver gagne car la seconde moitié n’est pas la plus passionnante. Passer les portes de Triabunna, au pas, nous parcourons les rues de ce grand square pour trouver un lieu où s’installer pour manger. À l’abri, des tables se présentent à nous. Juste à côté, un court de tennis. Sur la moitié Est, une famille joue avec des raquettes de tennis. Sur l’autre, un père et son enfant s’échangent la balle avec une batte de cricket, sous le regard de la maman.

La confection de nos sandwichs est une micro-parenthèse alléchante. Il ne fait pas très chaud. Vivement que nous passions à la restauration. Pour ce soir, il semble qu’un camping gratuit se dresse non loin d’un hôtel proche de l’eau. Nous y réfléchissons mais il est temps d’aller prendre un café. Je remplacerai finalement ce rituel par un thickshake (milkshake avec une boule de glace). La gourmandise ne prévient jamais !
Installés en vitrine, nous observons la rue. Je remarque un homme, en short, le seul, au coin de rue. Il est accompagné d’une femme. Les deux semblent avoir un style d’aventuriers. Je le vois remarquer nos vélos laissés dehors contre le mur. Puis ils rentrent…pour nous dire bonjour ! Eric se présente. Je lui demande s’il ne serait pas sur Warmshowers ? J’avais vu son profil en cherchant avant notre arrivée. Sans finalement le contacter.
« Oui, vous savez où dormir ce soir ? », nous demande t’il.
« Pas encore, on se disait le camping plus loin. »
« Vous êtes les bienvenus si vous voulez. Vous souhaitiez rester combien de nuits ? »
« On pensait à deux, si c’est OK pour toi. »
« Bien sûr, donne-moi ton numéro que je t’envoie les instructions. » Et c’était parti.
La jeune femme avec lui était une bikepackeuse qu’il avait accueillie avant nous. Elle s’en allait prendre le bateau pour Maria Island dans quelques heures. Son départ nous laissait l’espace sur le terrain d’Eric.
C’est comme cela que nous nous sommes retrouvés pour deux nuits chez Eric. Doué de ses mains pour la construction, et de formation ingénieur, il retape et monte toutes sortes d’édifices liés à la maison. Voyageur à vélo lui-même, il a une compréhension des besoins des cyclos.
Alors à l’achat de sa maison dans cette petite ville de bord de mer, il a monté un abri au fond de son jardin. En plus de cet abri, il a créé des sanitaires avec toilettes et douches juste à côté. L’endroit est alors un petit paradis pour voyageur itinérant. Nous envisageons sereinement ces deux prochaines nuits.
Sitôt la tente montée, le chat est venu montrer son territoire en venant pisser sur un coin de notre tente ! Heureusement, l’étanchéité du toit fonctionne très bien. Il a suffi de faire couler un peu d’eau sur l’endroit du crime pour n’avoir ni tâche ni odeur.
Quelle belle reprise ! Changer de rythme également. Nous nous apprêtons à enchaîner des fréquences d’un jour à rouler pour deux jours d’arrêt. Une belle période à venir. Nous avons décidé de prendre davantage notre temps. L’idée, pour finir notre séjour sur île, est de prendre le bus à Hobart pour remonter à Devonport en un jour, ce qui nous donnera amplement l’espace de profiter du sud.
Le lendemain de notre arrivée, Eric nous propose d’aller à Hobart pour quelques heures. Ce n’est qu’à 80km après tout. En voiture, ça va plus vite évidemment. Il nous montrera par où passer à vélo, son ancien quartier, et quelques rues qu’il aime.
Un festival de bateaux en bois a lieu en ce second week-end de février. Ce sera l’occasion de se balader sur le port et de s’arrêter manger. Lors de ces deux heures d’arrêt, nous découvrons cette ville avec un peu d’avance. Cela ne nous était jamais arrivé d’être à un endroit avant de l’avoir atteint à vélo ! Et à vrai dire, elle nous donne déjà envie d’y retourner lorsqu’il faut faire chemin retour. Nous ressentons une vie maritime que nous aimons grandement retrouver, comme à chaque fois dans ces situations.
Le restant de la journée sera fait de lecture et d’écriture au fond du jardin. Un déplacement de la tente sous l’abri car il pleuvra dans la nuit. Nous avons hâte d’avancer vers le sud demain. J’appréhende légèrement la route que nous devrons emprunter. Nous aurions dû circuler sur une partie de celle que nous avons parcouru aujourd’hui en voiture. Cependant, cette option nous a refroidis, nous prendrons le penchant presque totalement gravel.
Une journée de froid bien chaleureuse
Ce matin, les oiseaux crissent dans nos oreilles, la pluie vient de cesser. Au petit-déjeuner dans la cuisine, Eric nous prédit qu’il n’y aura plus de pluie pour la journée. Confirmé par son application dédiée à ce sujet. On aime ces nouvelles. Nous aurons passé un bon moment à discuter avec lui. Il n’avait pas l’air seulement aventurier. Ses voyages à vélo l’avaient mené sur la Pamir Express Highway et d’autres terrains hasardeux. Nous en retirons un séjour bien instructif.
La traditionnelle photo argentique avec notre hôte réalisée en 3 fois à cause du froid, il est maintenant l’heure de partir. Nous n’avons pas traversé les portes de la ville que la pluie se déclenche pour une belle averse sur presque 5km. On a le temps d’être trempés. Heureusement, les nuages se calment vite. Le temps de sécher, nous pouvons apprécier la vue depuis la route qui nous a dressés en observateurs de baies cachées, dans les alentours de Rheban Beach.
Tout apparaît comme sec alors que l’humidité est bien présente et la terre est, sous nos pneus, rouge. Nous avançons prudemment vers la forêt au loin, prête à nous accueillir. À un croisement en patte-d’oie, le panneau indique que la route est réservée aux véhicules à 4 roues motrices.
“Tiens tiens, cela nous rappelle quelque chose”
Allons-y, les choses ne sont jamais pareilles.
Commence alors la traversée d’une réserve forestière de presque 30 km dans les nuages. Je dis “nuages” mais par moment nous étions vraiment dans le brouillard. Quelques voitures croisées, ou nous doublant, étaient les seules preuves de vie de l’endroit. Même les oiseaux étaient à l’abri à chuchoter. Méthodiquement et patiemment, nous avons monté plusieurs côtes dépassant parfois les 10%. L’humidité nous empêchait de respirer à pleins poumons dans ces moments-là. Les degrés en moins de l’altitude gagnante à chaque coup de pédale nous donnent envie de sortir de ce traquenard assez vite. La faim commence à toquer à la porte. J’attends Lisa à l’endroit le plus haut du chemin de terre, là où la ligne droite ne me donne pas de visuel sur son arrivée. La passagère d’une auto, qui passe devant moi, en reste ébahie de voir quelqu’un ici. La pente semble si raide, et pourtant. Lisa, avec force et application, gravit le tout sereinement.
Bizarrement, la sensation qui nous habite est un mélange d’usure tout en étant le point culminant du bien-être sur nos machines. Les kilomètres restants sur la piste sont durs, à ne pas en voir la fin. Des personnes dans un van nous encouragent. Je fais une nouvelle pause car je ne vois pas à 10 mètres, et puis j’espère que l’endroit pourrait nous accueillir à manger. La meilleure décision à prendre est d’attendre de rejoindre le bitume que nous atteignons 3km plus loin. Juste à l’endroit où nous voyons s’engager un camping-car sur la piste. Nous ne donnons pas cher de lui.

Tout bien pensé, ce n’est absolument pas le sujet du moment. Il nous faut un abri pour notre casse-croûte du jour. Après l’humidité flottante, le brouillard, la pluie s’est invitée à la fête. Une compagnie que l’on connaît bien. Nous gagnons en visibilité et profondeur. Les collines cachent pour l’instant la mer qui devrait s’annoncer bientôt. Nous sommes toujours sur les hauteurs.
À partir de ce moment de jointure avec l’asphalte, nous ne cesserons d’être émerveillés par le panorama. Les pentes de pâturages sans voir toujours les bêtes. Du vert partout, une route brillante d’une pluie battante, des arbres aux fines branches orphelines de fleurs nous proposent bien des émotions.
“Une grange !”
Repérer en passant à toute vitesse. Nous nous arrêtons dans la précipitation, mais pas trop loin. Et nous faisons marche arrière pour poser nos vélos dans cet espace couvert et ouvert. Cela veut dire que l’on sera au sec sans avoir bien chaud.
Une dame descend en 4×4 de son allée. Elle ouvre sa fenêtre. Lisa va à sa rencontre pour savoir si cela ne pose pas de problème de rester là pour déjeuner. Elle semble si désolée pour nous d’avoir à subir cette journée que cela nous a réchauffés. Quel grand bien de faire cette pause !
Requinqués, l’envie de ressentir une douche chaude est décuplée. Il pleut toujours. Nous nous sommes refroidis. Et je vais vivre l’expérience la plus étrange ressentie à vélo. Dans un premier temps, nous devons redescendre au niveau de la mer. Autrement dit, aucune chance de se réchauffer à l’effort. Le froid me transperce alors tout du long. Mais je suis heureux d’être là. Un bonheur qui m’envahit tant, que je le chante. Je divague à haute voix pour contrer l’état que j’aurais dû subir. Je scande au vent et à la pluie qu’ils ne m’auront pas. Je remercie la Terre de me guider Et puis, je dis aussi beaucoup de n’importe quoi. Qu’importe, tous ces non-sens s’envoleront avec le vent !
L’arrivée dans notre eldorado du soir est toute proche. Encore une peu de route, la surprise d’une portion pas très agréable, aux heures de sortie de travail, et nous y sommes. Brett, la tempête de joie, nous accueille. Encore un gars de la construction ! Bientôt à la retraite cela dit. Un véritable ange de l’hospitalité nous fait entrer dans sa maison du réconfort avec vue sur la baie de Murdunna. Une maison qu’il a construite lui-même.

Rincés de cette journée, nous regardons Brett, impuissants d’offrir une quelconque aide, accoudés au plan de travail. Il nous concocte des pancakes que nous pourrons tartiner de confitures maison. Après une douche, une lessive lancée, nous dégustons. Une discussion passionnante s’ensuit de découverte des uns et des autres. Sa femme Wreni nous suit peu de temps après notre arrivée. Toute souriante, un rayon de soleil vient de s’ajouter à notre trio. Tous les quatre, nous passerons un diner savoureux d’histoires en tout genre.
Ils nous prodiguent les meilleurs conseils pour le temps que nous avons envie d’allouer à la Tasman Peninsula. Tel que de passer par la Pirates Bay Drive pour admirer le Tasman National Park de loin puis d’aller passer trois nuits à Fortescue Bay. Là-bas, nous camperons au bord de la plage, abrités par de hauts arbres d’un furieux vent. Le bruit des rouleaux qui se cassent sèchement sur la plage nous accompagnera tout du long. Et surtout, nous aurons l’occasion de nous en éloigner à la marche pour aller jeter un coup d’œil au Cap Hauy et ses falaises vertigineuses. Nous n’irons d’ailleurs pas jusqu’au bout car mon genou droit me titillera à la descente intermédiaire après avoir monté les marches trop intensément au départ !
Ce petit week-end au milieu des arbres nous a offert la joie de voir des wallabies vivoter sur le site. Il leur arrivait même de venir jusqu’à notre tente. Une nouvelle visite d’un possum a sûrement réveillé Lisa lorsqu’elle a senti quelque chose forcer la toile dans le coin au niveau de sa tête. Quel sursaut ! Elle m’a surpris de sa surprise avant de savoir pourquoi. Des moments de rire comme celui-là, il y en a eus beaucoup.
Leurs conseils nous auront apportés, déjà mille émotions. Ce n’est pas tout. Le chemin pour Fortescue Bay, en gravel, nous avait demandé beaucoup en fin de journée, à l’aller. Nous le craignions dans l’autre sens qui finalement s’est avalé bien facilement. Ce qui nous a permis d’envisager le restant de la journée à passer voir Devils Kitchen et la Tasman Arch avec tranquillité. Le déjeuner se fera juste à côté pour se régaler d’un fish & chips excellent et de mes crèmes glacées aux fruits préférées.
Autant vous dire que nous “volions” de bonheur sur cette route du retour chez Brett et Wreni. Eh oui ! Ils nous avaient même proposé de revenir dormir au passage, car il n’y a qu’une seule route, et elle passe devant chez eux. Nous étions également joyeux de les retrouver. L’occasion de leur conter l’expérience de notre nuit dernière à l’odeur du feu de bois. Ainsi que ce matin enfumé laissant le soleil à peine déployer ses rayons devenant une expérience photogénique remarquable. Nous apprendrons qu’un incendie de forêt sur la côte ouest (à 250km de là) était en cours, le vent transportant la fumée vers l’ouest, ce malheureux spectacle s’expliquait simplement.

Ce n’est pas tout. Croyez-nous, ils sont incroyables. Déjà qu’ils étaient devenus notre arc-en-ciel à la sortie d’une journée embrumée, la suite restait à vivre pour y croire. Nous voulions rallier en deux jours Hobart depuis chez eux. Eux allaient avoir à faire là-bas le lendemain. Et ce que l’on ne vous avait pas dit, c’est que Wreni possède une maison à Kingston, en périphérie de la grande ville. Ils nous proposèrent alors de nous avancer en voiture jusqu’au port, où nous avions admiré plus tôt dans la semaine les bateaux en bois, pour que nous roulions sur le bord de mer jusqu’à Kingston.
C’est comme ça que nous avons passé une troisième nuit chez eux. La balade fut des plus belles et pas de tout repos ! Une belle côte que nous avons coupée en nous arrêtant prendre un thé à la Shot Tower de Taroona accompagné de scones. Puis la descente vers Kingston nous amena un peu de sensation. On se retrouvait le soir pour un délicieux diner pour clôturer ces moments ensemble. Nous ressentions une gratitude immense envers ce couple. Ils ont été tellement facilitateurs pour nous en nous offrant des transitions qui nous ont fait du bien au moral et au corps pour pouvoir continuer la route teintée d’une joie supérieure. Un bon sommeil s’annonce, chacun dans nos lits individuels de cette chambre d’enfant qui nous accueille. Nous repartirons demain, en cette mi-février, pour une “vraie” route comme l’on en connaît les lignes depuis le début.
Il n’y a pas de normalité dans l’avenir
Ce matin nous disions un vrai aurevoir à nos hôtes. Nos yeux brillent en faisant l’accolade à ces êtres merveilleux. En guise de dernier salut, nous faisons carillonner nos sonnettes juste après les premiers coups de pédales, l’aventure continue.
Bien que nous ayons pris le petit déjeuner ensemble, l’occasion de prendre un café sur la plage, au pied de la colline où se trouvait la maison, nous appelle. Chaque seconde disponible pour observer la vie des endroits que nous traversons s’inscrit dans nos mémoires. Les personnes se sont levées tôt pour venir faire du canoë dans la baie. Le chien a gratté la porte pour se balader avec son maître. Les parents ont un peu insisté auprès des enfants pour venir profiter de dimanche matin au café trendy du coin.
De tout pour faire un monde, mille détails pour écrire un voyage, la fine pluie nous accompagne au matin. Souvent l’impression que le dénivelé nous poursuit alors qu’il nous précède toujours. J’espère ne pas trop répéter qu’une côte est venue nous cueillir aux meilleurs moments lors de nos étapes. Je pense qu’elles ont une place indéniable à notre sentiment de satisfaction au moment de la fin d’une journée sous la douche.

Il est déjà midi lorsque nous décidons de faire une pause au Banjo’s Bakery à Margate. Nous sommes mouillés, et non loin du camping que nous envisageons pour ce soir, cette petite heure nous requinquera.
Avec vue sur l’extérieur, nous avons vue sur nos vélos appuyés contre la vitrine. Le ballet de la circulation doté d’une variation matérialisée par un rond-point nous divertit. L’attention se porte sur une dame qui entre dans la boutique. Son chemin la mène à passer la porte mais elle ne va pas vers la caisse. À notre joyeux étonnement, elle se dirige vers nous, avec une douceur d’approche.
Après une brève connexion pour savoir si les vélos sont à nous et savoir qui nous sommes :
« Où dormez-vous ce soir ? »
« On pensait aller au camping non loin. »
« Vous, vous pourriez venir chez nous ? Nous habitons un peu plus loin. Si vous êtes prêts à pédaler un peu plus », nous dit-elle avec une hésitation palpable.
Nous l’écoutons nous dire qu’il y a ceci et cela pour cuisiner là-bas, chez elle et son compagnon. Elle nous donne leur adresse et son prénom : Hedy.
« Quelle coïncidence, j’ai un fils qui se nomme Sébastien aussi ! »
Signe que l’on devait se rencontrer ? On aime croire en ce genre de signe.
Et elle repart. Sans promesse. Cette dame, prenant conscience aujourd’hui que nous roulons sous la pluie, est venue nous voir. Emportée par son empathie, sans jamais avoir déjà proposé cela à quiconque, Hedy nous a proposé le gîte.
Nous aurons l’honnêteté de vous dire que l’indécision fut notre première impression. Dans quel endroit allons-nous tomber ? Elle avait l’air un peu étrange ? Le camping ne serait-il pas ce dont nous avons envie vraiment ?
Puis la raison du voyage est vite revenue en première page. Depuis le début, nous nous sommes dit que nous jouerions la carte du “YES” aux propositions. On ne va pas déroger à la règle maintenant ! Certaines idées sont à remettre au premier plan lorsque l’on ne sait plus quoi faire.
Grand bien nous en a pris. Quelques kilomètres plus loin, nous suivons une gravel road très bien entretenue, nous montons un peu puis suivons une descente jusqu’à une patte-d’oie. À gauche, la descente vers la maison d’Hedy et Peter. Un terrain au bord de l’eau avec vue sur Bruny Island nous fait sourire. Nous aurions été bêtes de passer notre chemin. Notre angesse gardienne nous accueille avec plaisir, agréablement surprise.
Lorsqu’elle nous introduit dans le Shak’eau (jeu de mots avec “château”), c’est à nous d’être touchés car, ne sachant même pas si nous allions venir, elle avait tout préparé : le lit, cuisine rangée, et quelques petites choses dans le frigo. Il y avait même un poêle ! Un “shake” est un surnom donné à des résidences secondaires que certains peuvent avoir dans des lieux assez prisés comme les bords de mer. Dans le cas de Peter et Hedy, c’était leur logement d’appoint le temps que Peter finisse de construire la maison, juste à côté.
Nous mangerons tous ensemble dans la maison avec un repas concocté par Hedy. Un petit apéro nous permettra de faire la connaissance de Peter. Toute la soirée, nous n’en croirons pas notre chance d’être ici. Une merveille d’hospitalité venait de nous émouvoir à nouveau.
Ils nous proposèrent de rester une nuit de plus. L’occasion pour nous de se reposer une pleine journée. Ainsi d’être enchantés par l’attention qu’Hedy avait sur nous : des toasties le midi, dîner de nouveau le soir, préparation d’un granola imbibé pour le lendemain matin. Elle était, et encore aujourd’hui, comme notre deuxième maman dans son regard sur nous. Ses mots par message nous remplissent encore de tendresse et d’encouragements. Nous avons eu de belles discussions avec Peter, passionnant personnage aux multiples vies et accomplissements. Du haut de ses 70 ans, lors de notre journée off, il allait prendre soin de son bateau en bois en plongeant sous la coque pour y voir plus clair. Un navire qu’il avait construit lui-même bien entendu. Il s’extasiait également sur nos vélos tout en partageant son amour pour la petite reine.
Ces deux jours furent une parenthèse perdue au milieu des bois, entourés de pademelons qui sortaient le soir chercher de la nourriture. Une petite balade à discuter de tout et rien remplit la journée. La vue sur la baie d’Oyster Cove suffisait comme décor à cet interlude bienvenu.
Il est souvent difficile de quitter des individus entrés dans votre vie avec cette énergie. Coup sur coup, ce voyage nous a surpris. La petite larme à l’instant de se souhaiter le meilleur pour la suite. Une mise en place pour entamer le léger dénivelé du départ. Le coup de sonnette traditionnel. Les grands saluts en vagues de nos mains retrouvent le cintre encore froid de nos vélos. Direction la suite, direction Cygnet.
Si l’on regarde une carte, il s’agit là de faire une sorte de boucle. Longer la côte tout du long lors d’un jour de vent de sud. Quelques vagues sur la route nous amènent à jouer des cuisses. Un arrêt au café de Middleton pour une petite heure d’averse donne l’opportunité à un monsieur de nous poser des questions sur le voyage à vélo. Arrivés en bas de boucle, le vent nous pousse à présent. Ce qui nous fait vite arriver au camping de notre ville de destination. Un curieux endroit où se mélangent résidents à long terme et backpacker. En résulte une ambiance tout autre à ce que nous avons pu vivre précédemment. Nous prévoirons un départ tôt le lendemain matin pour aller prendre le petit déjeuner au café du village !

Car l’étape qui suit nous amène à Hobart, point final de notre périple tasmanien, a priori. Une journée construite d’une diagonale évitant les routes bien empruntées. Le dénivelé est magnifiquement construit lui aussi : 1000 mètres de dénivelé positif en deux pentes – dont certains passages à 15% sur 200 mètres. Fièrement, nous passerons, même sous les gouttes, ces épreuves comme des grands. Deux instants de méditations profond et de contemplations. La récompense, parce qu’il y en a toujours une, sera la douce pente avec vue sur le Mont Wellington et la baie, jusqu’à notre hôtel du soir. Un cadeau que l’on se fait pour s’offrir 12h d’intimité avant de rejoindre la petite famille. Vous vous souvenez ?
Hobart, tu avais tant à nous offrir
La ville nous avait accueillis déjà par deux fois. Deux brèves visites. Qui nous avaient fait bonne impression. Hobart nous appelait à revenir surtout pour retrouver Bonnie et David. On allait retrouver ces gens que nous avions croisés presque trois semaines plus tôt ! Depuis cette rencontre à Derby, nous avions conversé pour faire arriver un matelas de rechange pour Lisa, et pour avoir des conseils sur des campings ou sur la faune locale.
Le lendemain de notre grosse étape, leur bâtisse juchée sur les hauteurs de South Hobart constituait une motivation particulière. Nous allions partager de beau moment avec cette joyeuse famille. Nous avons pu faire un passage en ville pour nos petites courses d’ajustement et me faire couper les cheveux, lorsque tout le monde était au travail ou à l’école. Justement au retour des cours, nous grimpions le Mont Wellington avec le plus grand des enfants, Isaac. Une mini aventure magistrale à la lumière de fin de journée pour admirer la vue d’un horizon lointain digne des plus jolis tableaux avec une baie encore tranquille. Le lendemain, nous y allions tirer quelques bords sur le bateau de nos hôtes. Un moment inimaginable jusqu’à ce que nous les rencontrions. Tellement heureux de voguer sur des flots mythiques. Bonnie et David clôturaient même cette journée avec un concert de covers de chansons des années 80-90. Un moment mémorable de les voir déguisés comme à l’époque, un peu débridée.
Ils nous avaient même prêté leur van pour aller faire un tour au MONA. Un musée particulier, propriété d’une figure particulière locale. Un joueur de casino et de courses qui a fait fortune. Amoureux d’art contemporain et collectionneur d’un grand nombre d’œuvres, il décidait d’en proposer l’exposition dans un musée. Ouvert en début des années 2010, il a contribué à sa manière à revitaliser la région d’Hobart. Et le musée en lui-même est un lieu sans nul autre pareil. Tout y est travaillé pour créer une ambiance feutrée et servir à la mise en valeur neutre ou engagée des œuvres. À l’aide d’une application mobile, le musée interroge même le chaland s’il aime la création qu’il a devant lui. Au choix, pouce en haut ou pouce en bas. Une belle aventure d’un jour. On pourrait y rester 24h mais nous avions une montagne à apprivoiser !

Un dernier dîner tous ensemble sur la terrasse avec vue sur les lumières d’Hobart. La vie de famille comme nous n’en avions pas rencontré depuis longtemps, ni vécu comme tel. Un chaud au cœur qui s’emplit de gratitude que des gens puissent nous offrir cela.
D’ailleurs, les personnes qui ont la générosité de nous offrir l’hospitalité n’ont sans doute pas idée à quel endroit ils viennent toucher nos âmes. Rencontrer les leurs devient un enrichissement dont les bénéfices s’articulent autour de la vie que nous avons envie de mener plus tard. Ils nous trouvent inspirants, nous les trouvons inspirants ! Bonnie a souri lorsque je lui ai rétorqué cela au moment de partir. Oui, je crois que chacun de nous prend en influence la forme de chemin que chacun a choisi d’emprunter dans la mesure où elle nous plaît.
On se disait au revoir, tous, toute la famille, au portail. Nous n’avions pas assez de “merci” pour le partage que nous venions de vivre avec eux.
C’était aussi, un MERCI final à ce que la Tasmanie venait de nous offrir jusqu’à présent. Inimaginable avant d’arriver, les surprises ont toujours été les bonnes et plus belles les unes que les autres.
Nous étions sur le point de prendre la route vers le Nord, destination Devonport. La décision de traverser l’île par son centre l’avait emportée face au bus. L’occasion de digérer la coupure de la chaleur du sud. Et de prendre conscience pleinement de la période que nous venions de vivre. Parfois, il est sage de regarder dans le rétroviseur pour pouvoir avancer la vue dégagée.
Alors MERCI à vous tous, là-bas.
Emportés dans nos écrits. Gravés dans nos mémoires.
Ce serait peu de dire que vous n’étiez que des rencontres.
Vous êtes de douces créatures que l’on croiserait dans un rêve à qui nous voudrions envoyer une carte postale pour raviver ce moment.
À bientôt quelque part sur Terre !
Il est temps de remonter cette oasis de bonnes intentions.

Nous serions curieux de savoir si vous avez des expériences similaires où tout s’aligne ? Ou l’hospitalité vient toquer à votre tente à chaque instant ? 🤓
On répond à toutes vos questions en commentaire si vous souhaitez en savoir plus sur certains points.
Et pour compléter cet article, retrouvez toutes nos images sur Instagram : elles sont pleines de détails sur notre aventure. 😉
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