Les rencontres au sommet đŸ‘ŒđŸ» – Tasmanie 2

Ou trouver des cƓurs chaleureux

Swansea 👉 Hobart 

Aurions-nous imaginĂ© cela un jour ? 

Un bon repos mĂ©ritĂ© Ă  Swansea. Nous en avions besoin, notre corps nous l’a vraiment fait savoir. 
Le sommeil emmagasinĂ© nous le rend bien au moment de prendre la route vers Triabunna. 

La chambre avec vue sur la baie Ă©tait un luxe que nous n’avions pas encore eu. 
Dans ce confort disons. Car, en tente, nous aurons vĂ©cu des moments de la mĂȘme veine aux tout autres sensations. 

Se remettre en selle ce matin nous remplit de joie. En Tasmanie, on se pose peu de question Ă  propos de la route. Il nous faudra suivre, toujours et encore, la route de la cĂŽte est. 

Le soleil continue Ă  se lever. Au loin, nous apercevons le Queen Elizabeth s’approchant du Freycinet National Park. La brume nous laisse apercevoir Maria Island. Cette Ăźle est une rĂ©serve. On peut y dormir quelques jours ou bien y aller pour la journĂ©e. On pourra y observer toutes sortes d’animaux qui constituent la faune tasmanienne. 

Les kilomĂštres s’enchaĂźnent avec un vent qui nous pousse doucement. À un certain point, la hĂąte d’arriver gagne car la seconde moitiĂ© n’est pas la plus passionnante. Passer les portes de Triabunna, au pas, nous parcourons les rues de ce grand square pour trouver un lieu oĂč s’installer pour manger. À l’abri, des tables se prĂ©sentent Ă  nous. Juste Ă  cĂŽtĂ©, un court de tennis. Sur la moitiĂ© Est, une famille joue avec des raquettes de tennis. Sur l’autre, un pĂšre et son enfant s’échangent la balle avec une batte de cricket, sous le regard de la maman.  

La confection de nos sandwichs est une micro-parenthĂšse allĂ©chante. Il ne fait pas trĂšs chaud. Vivement que nous passions Ă  la restauration. Pour ce soir, il semble qu’un camping gratuit se dresse non loin d’un hĂŽtel proche de l’eau. Nous y rĂ©flĂ©chissons mais il est temps d’aller prendre un cafĂ©. Je remplacerai finalement ce rituel par un thickshake (milkshake avec une boule de glace). La gourmandise ne prĂ©vient jamais ! 

InstallĂ©s en vitrine, nous observons la rue. Je remarque un homme, en short, le seul, au coin de rue. Il est accompagnĂ© d’une femme. Les deux semblent avoir un style d’aventuriers. Je le vois remarquer nos vĂ©los laissĂ©s dehors contre le mur. Puis ils rentrent…pour nous dire bonjour ! Eric se prĂ©sente. Je lui demande s’il ne serait pas sur Warmshowers ? J’avais vu son profil en cherchant avant notre arrivĂ©e. Sans finalement le contacter. 

« Oui, vous savez oĂč dormir ce soir ? », nous demande t’il.

« Pas encore, on se disait le camping plus loin. »

« Vous ĂȘtes les bienvenus si vous voulez. Vous souhaitiez rester combien de nuits ? »

« On pensait Ă  deux, si c’est OK pour toi. » 

« Bien sĂ»r, donne-moi ton numĂ©ro que je t’envoie les instructions. » Et c’Ă©tait parti. 

La jeune femme avec lui Ă©tait une bikepackeuse qu’il avait accueillie avant nous. Elle s’en allait prendre le bateau pour Maria Island dans quelques heures. Son dĂ©part nous laissait l’espace sur le terrain d’Eric. 

C’est comme cela que nous nous sommes retrouvĂ©s pour deux nuits chez Eric. DouĂ© de ses mains pour la construction, et de formation ingĂ©nieur, il retape et monte toutes sortes d’édifices liĂ©s Ă  la maison. Voyageur Ă  vĂ©lo lui-mĂȘme, il a une comprĂ©hension des besoins des cyclos. 

Alors Ă  l’achat de sa maison dans cette petite ville de bord de mer, il a montĂ© un abri au fond de son jardin. En plus de cet abri, il a créé des sanitaires avec toilettes et douches juste Ă  cĂŽtĂ©. L’endroit est alors un petit paradis pour voyageur itinĂ©rant. Nous envisageons sereinement ces deux prochaines nuits. 

SitĂŽt la tente montĂ©e, le chat est venu montrer son territoire en venant pisser sur un coin de notre tente ! Heureusement, l’étanchĂ©itĂ© du toit fonctionne trĂšs bien. Il a suffi de faire couler un peu d’eau sur l’endroit du crime pour n’avoir ni tĂąche ni odeur. 

Quelle belle reprise ! Changer de rythme Ă©galement. Nous nous apprĂȘtons Ă  enchaĂźner des frĂ©quences d’un jour Ă  rouler pour deux jours d’arrĂȘt. Une belle pĂ©riode Ă  venir. Nous avons dĂ©cidĂ© de prendre davantage notre temps. L’idĂ©e, pour finir notre sĂ©jour sur Ăźle, est de prendre le bus Ă  Hobart pour remonter Ă  Devonport en un jour, ce qui nous donnera amplement l’espace de profiter du sud. 

Le lendemain de notre arrivĂ©e, Eric nous propose d’aller Ă  Hobart pour quelques heures. Ce n’est qu’à 80km aprĂšs tout. En voiture, ça va plus vite Ă©videmment. Il nous montrera par oĂč passer Ă  vĂ©lo, son ancien quartier, et quelques rues qu’il aime. 

Un festival de bateaux en bois a lieu en ce second week-end de fĂ©vrier. Ce sera l’occasion de se balader sur le port et de s’arrĂȘter manger. Lors de ces deux heures d’arrĂȘt, nous dĂ©couvrons cette ville avec un peu d’avance. Cela ne nous Ă©tait jamais arrivĂ© d’ĂȘtre Ă  un endroit avant de l’avoir atteint Ă  vĂ©lo ! Et Ă  vrai dire, elle nous donne dĂ©jĂ  envie d’y retourner lorsqu’il faut faire chemin retour. Nous ressentons une vie maritime que nous aimons grandement retrouver, comme Ă  chaque fois dans ces situations. 

Le restant de la journĂ©e sera fait de lecture et d’écriture au fond du jardin. Un dĂ©placement de la tente sous l’abri car il pleuvra dans la nuit. Nous avons hĂąte d’avancer vers le sud demain. J’apprĂ©hende lĂ©gĂšrement la route que nous devrons emprunter. Nous aurions dĂ» circuler sur une partie de celle que nous avons parcouru aujourd’hui en voiture. Cependant, cette option nous a refroidis, nous prendrons le penchant presque totalement gravel. 

Une journĂ©e de froid bien chaleureuse 

Ce matin, les oiseaux crissent dans nos oreilles, la pluie vient de cesser. Au petit-dĂ©jeuner dans la cuisine, Eric nous prĂ©dit qu’il n’y aura plus de pluie pour la journĂ©e. ConfirmĂ© par son application dĂ©diĂ©e Ă  ce sujet. On aime ces nouvelles. Nous aurons passĂ© un bon moment Ă  discuter avec lui. Il n’avait pas l’air seulement aventurier. Ses voyages Ă  vĂ©lo l’avaient menĂ© sur la Pamir Express Highway et d’autres terrains hasardeux. Nous en retirons un sĂ©jour bien instructif. 

La traditionnelle photo argentique avec notre hĂŽte rĂ©alisĂ©e en 3 fois Ă  cause du froid, il est maintenant l’heure de partir. Nous n’avons pas traversĂ© les portes de la ville que la pluie se dĂ©clenche pour une belle averse sur presque 5km. On a le temps d’ĂȘtre trempĂ©s. Heureusement, les nuages se calment vite. Le temps de sĂ©cher, nous pouvons apprĂ©cier la vue depuis la route qui nous a dressĂ©s en observateurs de baies cachĂ©es, dans les alentours de Rheban Beach. 

Tout apparaĂźt comme sec alors que l’humiditĂ© est bien prĂ©sente et la terre est, sous nos pneus, rouge. Nous avançons prudemment vers la forĂȘt au loin, prĂȘte Ă  nous accueillir. À un croisement en patte-d’oie, le panneau indique que la route est rĂ©servĂ©e aux vĂ©hicules Ă  4 roues motrices. 

“Tiens tiens, cela nous rappelle quelque chose” 

Allons-y, les choses ne sont jamais pareilles. 

Commence alors la traversĂ©e d’une rĂ©serve forestiĂšre de presque 30 km dans les nuages. Je dis “nuages” mais par moment nous Ă©tions vraiment dans le brouillard. Quelques voitures croisĂ©es, ou nous doublant, Ă©taient les seules preuves de vie de l’endroit. MĂȘme les oiseaux Ă©taient Ă  l’abri Ă  chuchoter. MĂ©thodiquement et patiemment, nous avons montĂ© plusieurs cĂŽtes dĂ©passant parfois les 10%. L’humiditĂ© nous empĂȘchait de respirer Ă  pleins poumons dans ces moments-lĂ . Les degrĂ©s en moins de l’altitude gagnante Ă  chaque coup de pĂ©dale nous donnent envie de sortir de ce traquenard assez vite. La faim commence Ă  toquer Ă  la porte. J’attends Lisa Ă  l’endroit le plus haut du chemin de terre, lĂ  oĂč la ligne droite ne me donne pas de visuel sur son arrivĂ©e. La passagĂšre d’une auto, qui passe devant moi, en reste Ă©bahie de voir quelqu’un ici. La pente semble si raide, et pourtant. Lisa, avec force et application, gravit le tout sereinement. 

Bizarrement, la sensation qui nous habite est un mĂ©lange d’usure tout en Ă©tant le point culminant du bien-ĂȘtre sur nos machines. Les kilomĂštres restants sur la piste sont durs, Ă  ne pas en voir la fin. Des personnes dans un van nous encouragent. Je fais une nouvelle pause car je ne vois pas Ă  10 mĂštres, et puis j’espĂšre que l’endroit pourrait nous accueillir Ă  manger. La meilleure dĂ©cision Ă  prendre est d’attendre de rejoindre le bitume que nous atteignons 3km plus loin. Juste Ă  l’endroit oĂč nous voyons s’engager un camping-car sur la piste. Nous ne donnons pas cher de lui. 

Tout bien pensĂ©, ce n’est absolument pas le sujet du moment. Il nous faut un abri pour notre casse-croĂ»te du jour. AprĂšs l’humiditĂ© flottante, le brouillard, la pluie s’est invitĂ©e Ă  la fĂȘte. Une compagnie que l’on connaĂźt bien. Nous gagnons en visibilitĂ© et profondeur. Les collines cachent pour l’instant la mer qui devrait s’annoncer bientĂŽt. Nous sommes toujours sur les hauteurs. 

À partir de ce moment de jointure avec l’asphalte, nous ne cesserons d’ĂȘtre Ă©merveillĂ©s par le panorama. Les pentes de pĂąturages sans voir toujours les bĂȘtes. Du vert partout, une route brillante d’une pluie battante, des arbres aux fines branches orphelines de fleurs nous proposent bien des Ă©motions. 

“Une grange !” 

RepĂ©rer en passant Ă  toute vitesse. Nous nous arrĂȘtons dans la prĂ©cipitation, mais pas trop loin. Et nous faisons marche arriĂšre pour poser nos vĂ©los dans cet espace couvert et ouvert. Cela veut dire que l’on sera au sec sans avoir bien chaud. 

Une dame descend en 4×4 de son allĂ©e. Elle ouvre sa fenĂȘtre. Lisa va Ă  sa rencontre pour savoir si cela ne pose pas de problĂšme de rester lĂ  pour dĂ©jeuner. Elle semble si dĂ©solĂ©e pour nous d’avoir Ă  subir cette journĂ©e que cela nous a rĂ©chauffĂ©s. Quel grand bien de faire cette pause ! 

RequinquĂ©s, l’envie de ressentir une douche chaude est dĂ©cuplĂ©e. Il pleut toujours. Nous nous sommes refroidis. Et je vais vivre l’expĂ©rience la plus Ă©trange ressentie Ă  vĂ©lo. Dans un premier temps, nous devons redescendre au niveau de la mer. Autrement dit, aucune chance de se rĂ©chauffer Ă  l’effort. Le froid me transperce alors tout du long. Mais je suis heureux d’ĂȘtre lĂ . Un bonheur qui m’envahit tant, que je le chante. Je divague Ă  haute voix pour contrer l’état que j’aurais dĂ» subir. Je scande au vent et Ă  la pluie qu’ils ne m’auront pas. Je remercie la Terre de me guider Et puis, je dis aussi beaucoup de n’importe quoi. Qu’importe, tous ces non-sens s’envoleront avec le vent ! 

L’arrivĂ©e dans notre eldorado du soir est toute proche. Encore une peu de route, la surprise d’une portion pas trĂšs agrĂ©able, aux heures de sortie de travail, et nous y sommes. Brett, la tempĂȘte de joie, nous accueille. Encore un gars de la construction ! BientĂŽt Ă  la retraite cela dit. Un vĂ©ritable ange de l’hospitalitĂ© nous fait entrer dans sa maison du rĂ©confort avec vue sur la baie de Murdunna. Une maison qu’il a construite lui-mĂȘme. 

RincĂ©s de cette journĂ©e, nous regardons Brett, impuissants d’offrir une quelconque aide, accoudĂ©s au plan de travail. Il nous concocte des pancakes que nous pourrons tartiner de confitures maison. AprĂšs une douche, une lessive lancĂ©e, nous dĂ©gustons. Une discussion passionnante s’ensuit de dĂ©couverte des uns et des autres. Sa femme Wreni nous suit peu de temps aprĂšs notre arrivĂ©e. Toute souriante, un rayon de soleil vient de s’ajouter Ă  notre trio. Tous les quatre, nous passerons un diner savoureux d’histoires en tout genre. 

Ils nous prodiguent les meilleurs conseils pour le temps que nous avons envie d’allouer Ă  la Tasman Peninsula. Tel que de passer par la Pirates Bay Drive pour admirer le Tasman National Park de loin puis d’aller passer trois nuits Ă  Fortescue Bay. LĂ -bas, nous camperons au bord de la plage, abritĂ©s par de hauts arbres d’un furieux vent. Le bruit des rouleaux qui se cassent sĂšchement sur la plage nous accompagnera tout du long. Et surtout, nous aurons l’occasion de nous en Ă©loigner Ă  la marche pour aller jeter un coup d’Ɠil au Cap Hauy et ses falaises vertigineuses. Nous n’irons d’ailleurs pas jusqu’au bout car mon genou droit me titillera Ă  la descente intermĂ©diaire aprĂšs avoir montĂ© les marches trop intensĂ©ment au dĂ©part ! 

Ce petit week-end au milieu des arbres nous a offert la joie de voir des wallabies vivoter sur le site. Il leur arrivait mĂȘme de venir jusqu’à notre tente. Une nouvelle visite d’un possum a sĂ»rement rĂ©veillĂ© Lisa lorsqu’elle a senti quelque chose forcer la toile dans le coin au niveau de sa tĂȘte. Quel sursaut ! Elle m’a surpris de sa surprise avant de savoir pourquoi. Des moments de rire comme celui-lĂ , il y en a eus beaucoup. 

Leurs conseils nous auront apportĂ©s, dĂ©jĂ  mille Ă©motions. Ce n’est pas tout. Le chemin pour Fortescue Bay, en gravel, nous avait demandĂ© beaucoup en fin de journĂ©e, Ă  l’aller. Nous le craignions dans l’autre sens qui finalement s’est avalĂ© bien facilement. Ce qui nous a permis d’envisager le restant de la journĂ©e Ă  passer voir Devils Kitchen et la Tasman Arch avec tranquillitĂ©. Le dĂ©jeuner se fera juste Ă  cĂŽtĂ© pour se rĂ©galer d’un fish & chips excellent et de mes crĂšmes glacĂ©es aux fruits prĂ©fĂ©rĂ©es. 

Autant vous dire que nous “volions” de bonheur sur cette route du retour chez Brett et Wreni. Eh oui ! Ils nous avaient mĂȘme proposĂ© de revenir dormir au passage, car il n’y a qu’une seule route, et elle passe devant chez eux. Nous Ă©tions Ă©galement joyeux de les retrouver. L’occasion de leur conter l’expĂ©rience de notre nuit derniĂšre Ă  l’odeur du feu de bois. Ainsi que ce matin enfumĂ© laissant le soleil Ă  peine dĂ©ployer ses rayons devenant une expĂ©rience photogĂ©nique remarquable. Nous apprendrons qu’un incendie de forĂȘt sur la cĂŽte ouest (Ă  250km de lĂ ) Ă©tait en cours, le vent transportant la fumĂ©e vers l’ouest, ce malheureux spectacle s’expliquait simplement. 

Ce n’est pas tout. Croyez-nous, ils sont incroyables. DĂ©jĂ  qu’ils Ă©taient devenus notre arc-en-ciel Ă  la sortie d’une journĂ©e embrumĂ©e, la suite restait Ă  vivre pour y croire. Nous voulions rallier en deux jours Hobart depuis chez eux. Eux allaient avoir Ă  faire lĂ -bas le lendemain. Et ce que l’on ne vous avait pas dit, c’est que Wreni possĂšde une maison Ă  Kingston, en pĂ©riphĂ©rie de la grande ville. Ils nous proposĂšrent alors de nous avancer en voiture jusqu’au port, oĂč nous avions admirĂ© plus tĂŽt dans la semaine les bateaux en bois, pour que nous roulions sur le bord de mer jusqu’à Kingston. 

C’est comme ça que nous avons passĂ© une troisiĂšme nuit chez eux. La balade fut des plus belles et pas de tout repos ! Une belle cĂŽte que nous avons coupĂ©e en nous arrĂȘtant prendre un thĂ© Ă  la Shot Tower de Taroona accompagnĂ© de scones. Puis la descente vers Kingston nous amena un peu de sensation. On se retrouvait le soir pour un dĂ©licieux diner pour clĂŽturer ces moments ensemble. Nous ressentions une gratitude immense envers ce couple. Ils ont Ă©tĂ© tellement facilitateurs pour nous en nous offrant des transitions qui nous ont fait du bien au moral et au corps pour pouvoir continuer la route teintĂ©e d’une joie supĂ©rieure. Un bon sommeil s’annonce, chacun dans nos lits individuels de cette chambre d’enfant qui nous accueille. Nous repartirons demain, en cette mi-fĂ©vrier, pour une “vraie” route comme l’on en connaĂźt les lignes depuis le dĂ©but. 

Il n’y a pas de normalitĂ© dans l’avenir 

Ce matin nous disions un vrai aurevoir Ă  nos hĂŽtes. Nos yeux brillent en faisant l’accolade Ă  ces ĂȘtres merveilleux. En guise de dernier salut, nous faisons carillonner nos sonnettes juste aprĂšs les premiers coups de pĂ©dales, l’aventure continue. 

Bien que nous ayons pris le petit dĂ©jeuner ensemble, l’occasion de prendre un cafĂ© sur la plage, au pied de la colline oĂč se trouvait la maison, nous appelle. Chaque seconde disponible pour observer la vie des endroits que nous traversons s’inscrit dans nos mĂ©moires. Les personnes se sont levĂ©es tĂŽt pour venir faire du canoĂ« dans la baie. Le chien a grattĂ© la porte pour se balader avec son maĂźtre. Les parents ont un peu insistĂ© auprĂšs des enfants pour venir profiter de dimanche matin au cafĂ© trendy du coin. 

De tout pour faire un monde, mille dĂ©tails pour Ă©crire un voyage, la fine pluie nous accompagne au matin. Souvent l’impression que le dĂ©nivelĂ© nous poursuit alors qu’il nous prĂ©cĂšde toujours. J’espĂšre ne pas trop rĂ©pĂ©ter qu’une cĂŽte est venue nous cueillir aux meilleurs moments lors de nos Ă©tapes. Je pense qu’elles ont une place indĂ©niable Ă  notre sentiment de satisfaction au moment de la fin d’une journĂ©e sous la douche. 

Il est dĂ©jĂ  midi lorsque nous dĂ©cidons de faire une pause au Banjo’s Bakery Ă  Margate. Nous sommes mouillĂ©s, et non loin du camping que nous envisageons pour ce soir, cette petite heure nous requinquera. 

Avec vue sur l’extĂ©rieur, nous avons vue sur nos vĂ©los appuyĂ©s contre la vitrine. Le ballet de la circulation dotĂ© d’une variation matĂ©rialisĂ©e par un rond-point nous divertit. L’attention se porte sur une dame qui entre dans la boutique. Son chemin la mĂšne Ă  passer la porte mais elle ne va pas vers la caisse. À notre joyeux Ă©tonnement, elle se dirige vers nous, avec une douceur d’approche. 

AprĂšs une brĂšve connexion pour savoir si les vĂ©los sont Ă  nous et savoir qui nous sommes : 

« OĂč dormez-vous ce soir ? »

« On pensait aller au camping non loin. » 

« Vous, vous pourriez venir chez nous ? Nous habitons un peu plus loin. Si vous ĂȘtes prĂȘts Ă  pĂ©daler un peu plus », nous dit-elle avec une hĂ©sitation palpable. 

Nous l’écoutons nous dire qu’il y a ceci et cela pour cuisiner lĂ -bas, chez elle et son compagnon. Elle nous donne leur adresse et son prĂ©nom : Hedy. 

« Quelle coĂŻncidence, j’ai un fils qui se nomme SĂ©bastien aussi ! »

Signe que l’on devait se rencontrer ? On aime croire en ce genre de signe. 

Et elle repart. Sans promesse. Cette dame, prenant conscience aujourd’hui que nous roulons sous la pluie, est venue nous voir. EmportĂ©e par son empathie, sans jamais avoir dĂ©jĂ  proposĂ© cela Ă  quiconque, Hedy nous a proposĂ© le gĂźte. 

Nous aurons l’honnĂȘtetĂ© de vous dire que l’indĂ©cision fut notre premiĂšre impression. Dans quel endroit allons-nous tomber ? Elle avait l’air un peu Ă©trange ? Le camping ne serait-il pas ce dont nous avons envie vraiment ?
Puis la raison du voyage est vite revenue en premiĂšre page. Depuis le dĂ©but, nous nous sommes dit que nous jouerions la carte du “YES” aux propositions. On ne va pas dĂ©roger Ă  la rĂšgle maintenant ! Certaines idĂ©es sont Ă  remettre au premier plan lorsque l’on ne sait plus quoi faire. 

Grand bien nous en a pris. Quelques kilomĂštres plus loin, nous suivons une gravel road trĂšs bien entretenue, nous montons un peu puis suivons une descente jusqu’à une patte-d’oie. À gauche, la descente vers la maison d’Hedy et Peter. Un terrain au bord de l’eau avec vue sur Bruny Island nous fait sourire. Nous aurions Ă©tĂ© bĂȘtes de passer notre chemin. Notre angesse gardienne nous accueille avec plaisir, agrĂ©ablement surprise. 

Lorsqu’elle nous introduit dans le Shak’eau (jeu de mots avec “chĂąteau”), c’est Ă  nous d’ĂȘtre touchĂ©s car, ne sachant mĂȘme pas si nous allions venir, elle avait tout prĂ©parĂ© : le lit, cuisine rangĂ©e, et quelques petites choses dans le frigo. Il y avait mĂȘme un poĂȘle ! Un “shake” est un surnom donnĂ© Ă  des rĂ©sidences secondaires que certains peuvent avoir dans des lieux assez prisĂ©s comme les bords de mer. Dans le cas de Peter et Hedy, c’était leur logement d’appoint le temps que Peter finisse de construire la maison, juste Ă  cĂŽtĂ©. 

Nous mangerons tous ensemble dans la maison avec un repas concoctĂ© par Hedy. Un petit apĂ©ro nous permettra de faire la connaissance de Peter. Toute la soirĂ©e, nous n’en croirons pas notre chance d’ĂȘtre ici. Une merveille d’hospitalitĂ© venait de nous Ă©mouvoir Ă  nouveau. 

Ils nous proposĂšrent de rester une nuit de plus. L’occasion pour nous de se reposer une pleine journĂ©e. Ainsi d’ĂȘtre enchantĂ©s par l’attention qu’Hedy avait sur nous : des toasties le midi, dĂźner de nouveau le soir, prĂ©paration d’un granola imbibĂ© pour le lendemain matin. Elle Ă©tait, et encore aujourd’hui, comme notre deuxiĂšme maman dans son regard sur nous. Ses mots par message nous remplissent encore de tendresse et d’encouragements. Nous avons eu de belles discussions avec Peter, passionnant personnage aux multiples vies et accomplissements. Du haut de ses 70 ans, lors de notre journĂ©e off, il allait prendre soin de son bateau en bois en plongeant sous la coque pour y voir plus clair. Un navire qu’il avait construit lui-mĂȘme bien entendu. Il s’extasiait Ă©galement sur nos vĂ©los tout en partageant son amour pour la petite reine. 

Ces deux jours furent une parenthĂšse perdue au milieu des bois, entourĂ©s de pademelons qui sortaient le soir chercher de la nourriture. Une petite balade Ă  discuter de tout et rien remplit la journĂ©e. La vue sur la baie d’Oyster Cove suffisait comme dĂ©cor Ă  cet interlude bienvenu. 

Il est souvent difficile de quitter des individus entrĂ©s dans votre vie avec cette Ă©nergie. Coup sur coup, ce voyage nous a surpris. La petite larme Ă  l’instant de se souhaiter le meilleur pour la suite. Une mise en place pour entamer le lĂ©ger dĂ©nivelĂ© du dĂ©part. Le coup de sonnette traditionnel. Les grands saluts en vagues de nos mains retrouvent le cintre encore froid de nos vĂ©los. Direction la suite, direction Cygnet. 

Si l’on regarde une carte, il s’agit lĂ  de faire une sorte de boucle. Longer la cĂŽte tout du long lors d’un jour de vent de sud. Quelques vagues sur la route nous amĂšnent Ă  jouer des cuisses. Un arrĂȘt au cafĂ© de Middleton pour une petite heure d’averse donne l’opportunitĂ© Ă  un monsieur de nous poser des questions sur le voyage Ă  vĂ©lo. ArrivĂ©s en bas de boucle, le vent nous pousse Ă  prĂ©sent. Ce qui nous fait vite arriver au camping de notre ville de destination. Un curieux endroit oĂč se mĂ©langent rĂ©sidents Ă  long terme et backpacker. En rĂ©sulte une ambiance tout autre Ă  ce que nous avons pu vivre prĂ©cĂ©demment. Nous prĂ©voirons un dĂ©part tĂŽt le lendemain matin pour aller prendre le petit dĂ©jeuner au cafĂ© du village ! 

Car l’étape qui suit nous amĂšne Ă  Hobart, point final de notre pĂ©riple tasmanien, a priori. Une journĂ©e construite d’une diagonale Ă©vitant les routes bien empruntĂ©es. Le dĂ©nivelĂ© est magnifiquement construit lui aussi : 1000 mĂštres de dĂ©nivelĂ© positif en deux pentes – dont certains passages Ă  15% sur 200 mĂštres. FiĂšrement, nous passerons, mĂȘme sous les gouttes, ces Ă©preuves comme des grands. Deux instants de mĂ©ditations profond et de contemplations. La rĂ©compense, parce qu’il y en a toujours une, sera la douce pente avec vue sur le Mont Wellington et la baie, jusqu’à notre hĂŽtel du soir. Un cadeau que l’on se fait pour s’offrir 12h d’intimitĂ© avant de rejoindre la petite famille. Vous vous souvenez ? 

Hobart, tu avais tant Ă  nous offrir 

La ville nous avait accueillis dĂ©jĂ  par deux fois. Deux brĂšves visites. Qui nous avaient fait bonne impression. Hobart nous appelait Ă  revenir surtout pour retrouver Bonnie et David. On allait retrouver ces gens que nous avions croisĂ©s presque trois semaines plus tĂŽt ! Depuis cette rencontre Ă  Derby, nous avions conversĂ© pour faire arriver un matelas de rechange pour Lisa, et pour avoir des conseils sur des campings ou sur la faune locale. 

Le lendemain de notre grosse Ă©tape, leur bĂątisse juchĂ©e sur les hauteurs de South Hobart constituait une motivation particuliĂšre. Nous allions partager de beau moment avec cette joyeuse famille. Nous avons pu faire un passage en ville pour nos petites courses d’ajustement et me faire couper les cheveux, lorsque tout le monde Ă©tait au travail ou Ă  l’école. Justement au retour des cours, nous grimpions le Mont Wellington avec le plus grand des enfants, Isaac. Une mini aventure magistrale Ă  la lumiĂšre de fin de journĂ©e pour admirer la vue d’un horizon lointain digne des plus jolis tableaux avec une baie encore tranquille. Le lendemain, nous y allions tirer quelques bords sur le bateau de nos hĂŽtes. Un moment inimaginable jusqu’à ce que nous les rencontrions. Tellement heureux de voguer sur des flots mythiques. Bonnie et David clĂŽturaient mĂȘme cette journĂ©e avec un concert de covers de chansons des annĂ©es 80-90. Un moment mĂ©morable de les voir dĂ©guisĂ©s comme Ă  l’époque, un peu dĂ©bridĂ©e. 

Ils nous avaient mĂȘme prĂȘtĂ© leur van pour aller faire un tour au MONA. Un musĂ©e particulier, propriĂ©tĂ© d’une figure particuliĂšre locale. Un joueur de casino et de courses qui a fait fortune. Amoureux d’art contemporain et collectionneur d’un grand nombre d’Ɠuvres, il dĂ©cidait d’en proposer l’exposition dans un musĂ©e. Ouvert en dĂ©but des annĂ©es 2010, il a contribuĂ© Ă  sa maniĂšre Ă  revitaliser la rĂ©gion d’Hobart. Et le musĂ©e en lui-mĂȘme est un lieu sans nul autre pareil. Tout y est travaillĂ© pour crĂ©er une ambiance feutrĂ©e et servir Ă  la mise en valeur neutre ou engagĂ©e des Ɠuvres. À l’aide d’une application mobile, le musĂ©e interroge mĂȘme le chaland s’il aime la crĂ©ation qu’il a devant lui. Au choix, pouce en haut ou pouce en bas. Une belle aventure d’un jour. On pourrait y rester 24h mais nous avions une montagne Ă  apprivoiser ! 

Un dernier dĂźner tous ensemble sur la terrasse avec vue sur les lumiĂšres d’Hobart. La vie de famille comme nous n’en avions pas rencontrĂ© depuis longtemps, ni vĂ©cu comme tel. Un chaud au cƓur qui s’emplit de gratitude que des gens puissent nous offrir cela.  

D’ailleurs, les personnes qui ont la gĂ©nĂ©rositĂ© de nous offrir l’hospitalitĂ© n’ont sans doute pas idĂ©e Ă  quel endroit ils viennent toucher nos Ăąmes. Rencontrer les leurs devient un enrichissement dont les bĂ©nĂ©fices s’articulent autour de la vie que nous avons envie de mener plus tard. Ils nous trouvent inspirants, nous les trouvons inspirants ! Bonnie a souri lorsque je lui ai rĂ©torquĂ© cela au moment de partir. Oui, je crois que chacun de nous prend en influence la forme de chemin que chacun a choisi d’emprunter dans la mesure oĂč elle nous plaĂźt. 

On se disait au revoir, tous, toute la famille, au portail. Nous n’avions pas assez de “merci” pour le partage que nous venions de vivre avec eux. 

C’était aussi, un MERCI final Ă  ce que la Tasmanie venait de nous offrir jusqu’à prĂ©sent. Inimaginable avant d’arriver, les surprises ont toujours Ă©tĂ© les bonnes et plus belles les unes que les autres. 

Nous Ă©tions sur le point de prendre la route vers le Nord, destination Devonport. La dĂ©cision de traverser l’üle par son centre l’avait emportĂ©e face au bus. L’occasion de digĂ©rer la coupure de la chaleur du sud. Et de prendre conscience pleinement de la pĂ©riode que nous venions de vivre. Parfois, il est sage de regarder dans le rĂ©troviseur pour pouvoir avancer la vue dĂ©gagĂ©e. 

Alors MERCI Ă  vous tous, lĂ -bas. 
EmportĂ©s dans nos Ă©crits. GravĂ©s dans nos mĂ©moires. 
Ce serait peu de dire que vous n’étiez que des rencontres. 
Vous ĂȘtes de douces crĂ©atures que l’on croiserait dans un rĂȘve Ă  qui nous voudrions envoyer une carte postale pour raviver ce moment. 

À bientĂŽt quelque part sur Terre ! 

Il est temps de remonter cette oasis de bonnes intentions. 


Nous serions curieux de savoir si vous avez des expĂ©riences similaires oĂč tout s’aligne ? Ou l’hospitalitĂ© vient toquer Ă  votre tente Ă  chaque instant ? đŸ€“

On rĂ©pond Ă  toutes vos questions en commentaire si vous souhaitez en savoir plus sur certains points.‹

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