Ou changer totalement d’atmosphĂšre
Melbourne đ Swansea
Ă lâentame dâĂ©crire une nouvelle partie de cette grande aventure, je ne sais pas par quoi commencer.
Beaucoup dâĂ©pisodes me viennent en tĂȘte pour mon plus grand plaisir. La tĂąche est aussi grande quâavant. Je vais mâatteler Ă vous livrer le tout aussi propre quâune nouvelle chaine !
(…)
Nous sommes fin janvier 2025. Lâatterrissage Ă Melbourne nous remplit de joie Ă lâidĂ©e de changer dâair. Le vol sâest trĂšs bien passĂ©, nous qui sommes un brin anxieux Ă lâapproche dâun vol. Nous nous tranquillisons trĂšs vite. Lisa en sâoccupant Ă tricoter et moi Ă lire ou Ă©crire. Le moment du repas Ă©tant la pause lĂ©gĂšre qui change dâair.
En parlant de changer dâair, il fait lourd dans cette immense ville. La chaleur nâest pas pour autant au rendez-vous. Quelques jours plus tĂŽt, le soleil assommait. Aujourdâhui, un petit vent soutenu et frais rĂšgne en ville.
Nous faut-il encore sortir de lâaĂ©roport avant de ressentir tout ça. Tellement fluide de poser le pied en Australie. La biosĂ©curitĂ© a, semble-t-il, bien envie de finir sa journĂ©e, nous passons sans rĂ©pondre Ă beaucoup de questions sur nos deux grands cartons. Sereins dâavoir tout rendu propre, les portes s’ouvrent sur le hall des arrivants.
Le temps de se procurer un petit plan mobile prĂ©payĂ© pour le mois Ă venir, nous sautons dans un Uber XL. Le chauffeur se gratte la tĂȘte en voyant le chargement. Heureusement, son grand SUV arrivera Ă contenir tout le monde ! Vu lâheure et la distance, nous nâavions pas lâenvie de remonter les vĂ©los Ă lâaĂ©roport.
Nous redĂ©couvrons la climâ que lâon avait quittĂ©e depuis plus de deux mois. Il mâen coĂ»tera une bonne crĂšve pendant deux semaines. Vivre dehors nous Ă©pargne ces changements de tempĂ©ratures et systĂšmes artificiels, on se rend compte que ce nâest pas rien de devoir les gĂ©rer Ă nouveau.
Le Uber nous dĂ©pose en bas de lâappartement de Jonny. PremiĂšre histoire sympa de notre temps ici, Jonny est lâami de mon ancien coloc. Il est venu assez de fois en France pour faire un passage Ă lâĂle dâYeu. MĂȘme partager un repas chez ma Mamie il aura fait ! Et nous le retrouvons Ă Melbourne, câest un vrai plaisir de le revoir et passer du temps avec lui pour le connaitre un peu plus.
Notre âweek-endâ dans cette ville, qui regroupe autant dâhabitants quâil nây en a en Nouvelle-ZĂ©lande, sâarticulera par :
- La dĂ©gustation dâexcellentes pizzas napolitaines bien garnies. Le temps de les attendre sortir du four, nous discuterons avec le barman. Le gĂ©rant et lui sont dâauthentiques italiens dont les vibes nous rĂ©chauffent.
- Une balade dans le centre en passant par les jardins au bord de la Yarra River. Nous imprimons nos stickers avec QR code que nous collerons sur nos vélos.
- Nous irons avec Jonny Ă lâintĂ©rieur du village de lâAustralian Open de tennis. Des matchs de doubles juniors et de personnes en fauteuil roulant nous rĂ©galeront. La glace Ă la pĂȘche sera une belle surprise. Mais pas la dĂ©faite de lâAustralien contre lâItalien Sinner que nous avons regardĂ©e sur le parvis avant de se rentrer au chaud.
Le lendemain, il fallait commencer Ă rouler. AprĂšs environ une semaine de pause, la mĂ©canique des corps et des vĂ©los devait se remettre en marche. Lâobjectif est dâatteindre Geelong, dâoĂč part le ferry Spirit of Tasmania, en contournant la baie de Port Phillip par lâest.
Deux premiers jours de roule facile a priori. Câest sans compter le fait que nous sommes conscients que lâurbanisation est omniprĂ©sente sur le trajet. Ce terrain nous fait toujours revoir Ă la baisse notre vitesse Ă laquelle nous Ă©voluons. Câest pourquoi nous partons tout de mĂȘme Ă la cool le matin. La veille, nous avions remontĂ© nos vĂ©los, tout Ă©tait bon pour prendre le dĂ©part. Câest parti pour un peu plus dâun mois sur le sol australien, majoritairement tasmanien, soyons prĂ©cis.
Sortir de lâagglomĂ©ration reste un plaisir. Traverser Albert Park durant le montage des infrastructures pour la reprise prochaine de la F1 est incongru. Mes longues parties de jeux vidĂ©o avec mon frĂšre me reviennent en tĂȘte alors que nous roulons sur le circuit. Nous atteignons vite le bord de lâeau que nous allons suivre jusquâĂ Mornington, notre ville Ă©tape du soir. Beaucoup dâintĂ©ractions ponctuent notre trajet avec des petits vieux en balade qui nous posent des questions sur ce que nous faisons lĂ . Aussi, un gars, en voyage Ă vĂ©lo comme nous (avec son chien aussi !), nous annonce âOh, youâre gonna love itâ lorsquâon lui partage notre projet dâaller en Tasmanie. Il venait de descendre la cĂŽte Est depuis Cairns et revenait tout juste de lâĂźle. Nous nous arrĂȘtons aussi pour admirer la skyline de Melbourne au loin. Câest la premiĂšre fois que nous avons cette occasion.Â

La ligne de train qui descend jusquâau bout de la pĂ©ninsule ne semble pas trĂšs vieille. AccolĂ©e Ă celle-ci, une piste cyclable que nous suivons jusquâau camping qui annonce complet. Mais, aprĂšs une courte rĂ©flexion, et le fait que nous restons seulement une nuit, le gĂ©rant nous dĂ©gote lâemplacement qui va bien.
Contents et épuisés de cette journée, la pizza du soir aprÚs quelques minutes de marche pour se dégourdir fera vraiment du bien. à notre arrivée, nous découvrons la danse dans le ciel et sur les terrains des fameux CacatoÚs à huppe jaune. Ils volent par centaines et jacassent comme jamais. Un sacré spectacle !
Le lendemain, il sâagit dâaller prendre un premier ferry entre Sorrento et Queenscliff. CâĂ©tait un peu la course car nous ne connaissions pas vraiment la frĂ©quence des rotations et nous avions 40km Ă parcourir. Et cette matinĂ©e fut un succĂšs ! Tant dans la beautĂ© de la route et le rythme que nous avons eu. ArrivĂ©s Ă Sorrento, nous allons directement au bateau, valider avec la guichetiĂšre que lâon est dans les temps, puis larguer les amarres. CâĂ©tait moins une ! Lisa est rincĂ©e dâavoir dĂ©posĂ© ses forces dans les derniers kilomĂštres. On est super contents. Le dĂ©part nous offre la rĂ©compense dâun paysage entre bord de mer au sable blanc fin et dâune eau translucide. La traversĂ©e prend 45min â pour nous reposer.
Nous dĂ©barquons Ă Queenscliff avec le temps de dĂ©guster notre pique-nique dans un parc. Ăa aussi, nous le redĂ©couvrons avec plaisir. SâarrĂȘter dans des lieux de vie Ă la fois calmes et vivants. Nous aimons ces ambiances. Surtout lorsquâune glace extra bonne nous attend Ă la sortie !
Maintenant, il est temps dâaller prendre cette piste cyclable qui nous accompagne jusquâĂ Geelong dont mĂȘme une dame toute gentille nous a fait part chez le glacier. Une voie de chemin de fer convertie en trail sur du revĂȘtement lisse, nous sommes aux anges. Autant nous avons bien forcĂ©s le matin, autant nous nous reposons dans cette partie.
Un premier avertissement de possible prĂ©sence de serpent sur le trail nous fait bien comprendre que lâon est en Australie. Ce pays que tout le monde redoute pour sa faune hostile avec son lot dâaraignĂ©es et de serpents bien venimeux. Le soleil tape bien mais lâhabitude nous protĂšge. On se sent bien Ă lâapproche de prendre le ferry demain.
Le rĂ©veil est bien matinal. Le soleil se rĂ©veille aussi doucement sur notre chemin vers le terminal. Enregistrement fait, nous attendons dehors Ă cĂŽtĂ© de ce mastodonte des mers. Nous allons traverser le DĂ©troit de Bass, pas toujours clĂ©ment, qui doit malmener parfois ce ferry. Aujourdâhui, nos 12h de traversĂ©e seront bien douces. JâĂ©crirais et Lisa tricotera. Le crĂ©do de cette pĂ©riode.
Pour la petite histoire, nous avions prĂ©vu Ă manger la veille et nous lâavions planquĂ© dans le frigo du Airbnb. On Ă©tait tellement bien rĂ©veillĂ©s quâon a oubliĂ© le frais ! Nous nous sommes alors dĂ©lectĂ©s des pies du shop dans le ferry. On Ă©tait dĂ©goutĂ©s !
Voir la terre apparaitre au loin depuis nâimporte quel bateau est toujours une expĂ©rience magique. La Tasmanie se levait devant nos yeux. Cela valait bien la peine dâaller prendre le coup de vent sur le pont extĂ©rieur. Silencieuses, ces vagues terriennes au loin nous attendent sagement. Elles nous laissent le temps dâapprĂ©cier la chance que lâon a dâĂȘtre Ă cet instant sur le point de fouler un nouveau territoire. AffamĂ©s que nous sommes de comprendre cet endroit chargĂ©e dâHistoire. Humblement, nous dĂ©buterons demain un pĂ©riple plein de surprises.
Commençons dĂ©jĂ par notre arrivĂ©e. Nous accostons vers 18h. La nuit ne va pas tarder Ă tomber. Il nous faut contourner la Mersey River en allant chercher le pont Ă notre sud puis remonter jusquâau motel de ce soir. Une bonne nuit nous manque, celle-ci va bien nous retaper. En arrivant, le gĂ©rant nous dit âcâest bien vous que jâai vus au Colesâ, on rigole alors. PremiĂšre bonne interaction, et trĂšs gentil. Le Coles, comme le Whoolworths, seront nos alliĂ©s dâĂ©piceries lors de notre sĂ©jour sur lâĂźle. Il nous dit aussi que lâon peut rentrer les vĂ©los dans la chambre, juste faire attention Ă pas mettre de graisse car le moquette est neuve. Ces petites attentions, pleines dâempathie, sont toujours prĂ©cieuses. Elles nous font sentir comme bienvenues avec nos vĂ©los.
Le soleil se couche sur le terrain de cricket qui fait face Ă lâhĂŽtel. Une nouvelle aventure commencera demain. LâapprĂ©hension douce de la dĂ©couverte de ce nouvel endroit sâinstalle avant la nuit. Nous sommes bien ici.

On prend les mĂȘmes et on recommence
Je ne sais pas si vous vous souvenez. Mon matelas se dĂ©gonflait et la marque mâen a envoyĂ© un nouveau en Tasmanie. Il devait arriver Ă Devonport, lĂ oĂč le ferry arrive, mais non. Le Fedex est restĂ© dans la seconde ville majeure de lâĂźle, Launceston. Il va nous falloir passer par lĂ -bas. Les plans changent tous les jours. Les accepter tous nous apprend beaucoup.
DĂšs le matin, Ă lâĂ©picerie, une dame nous voit, remarque nos gilets jaunes : âOh je suis tellement heureuse de vous voir porter ces couleurs !â Elle a perdu lâun de ses amis, quelques annĂ©es plus tĂŽt, dans un virage oĂč lâombre Ă©tait trop sombre. Un automobiliste lâa emportĂ©. Nous voilĂ rassurĂ©s avec cette nouvelle de bon matin alors que lâon sort un peu traumatisĂ©s des mois prĂ©cĂ©dents. En tout cas, on reste heureux dâavoir un Ă©change avec cette dame.
Lâobjectif est dâaller Ă Beauty Point dâoĂč nous remonterons vers Launceston le lendemain. Une piste cyclable longe la Mersey River que nous remontons jusquâĂ Latrobe. En ce jour fĂ©riĂ©, lâAustralian Day, des animations dans un parc nous obligent Ă contourner la foule qui sâamuse. Nous serons la plupart du temps sur des routes secondaires, une nouveautĂ© pour nous. Un confort certain de nous entendre rouler. Dâentendre les vaches mĂącher leur herbe. Je mâarrĂȘte Ă un coin entre deux voies, un pick-up sâarrĂȘte âYou alright mate ?â. On sâinquiĂšte pour moi, câest gentil. Puis Lisa arrive, le chemin continue. Je lâattends souvent aux intersections lorsque lâon ne peut rouler ensemble.
Une portion de route de gravel nous fait traverser une zone de plusieurs rĂ©serves. Dans un environnement totalement boisĂ©, nous devons pousser les destriers une nouvelle fois Ă cause des âbumpâ, sorte de vaguelettes, créés par le ruissellement de la pluie. En descente, câest rigolo, en montĂ©e tu ne peux rien faire. Dâautant plus, lorsque câest sur toute la largeur. Jâarrive en haut, une voiture cramĂ©e garde les lieux. Le silence reste le dernier compagnon quand tout est arrĂȘtĂ©. Puis le casque, puis la frimousse de Lisa, puis le vĂ©lo sâinvite dans cet opĂ©ra. Nous nous retrouverons sur un lieu qui aurait Ă©tĂ© une place vivante dâune ville oĂč 4 routes se rejoignent. Ici pas de bruit de verre, pas dâĂ©chappement de voitures qui redĂ©marrent, pas de rire au-dessus dâun brouhaha, juste nous.
Le camping du soir est Ă un prix dĂ©risoire. Nous nous regardons joyeusement interloquĂ©s. La Tamar River sera notre voisine ce soir. Satisfaits dâune premiĂšre journĂ©e plutĂŽt tranquille, nous nous endormons sereinement. Le pressentiment que la Tasmanie va donner chaud au cĆur gagne du terrain.

Nous voilĂ qui remontons la riviĂšre. Tout sera beau ce jour-lĂ . Les rives seront trĂšs peu empruntĂ©es. Lâimpression de sĂ©curitĂ© et de confort aprĂšs deux jours de route nous rassure. Alors quâune petite cĂŽte nous accueille de bon matin, la femme dâun couple en petite marche sportive nous dit : âJâai beaucoup voyagĂ©. Croyez-moi, la Tasmanie est le plus bel endroit sur Terre. Et nous, dây vivre, lâest encore plus !â Cet amour pour chez soi est admirable bien que teintĂ© dâun brin de chauvinisme bienvenue ceci dit.
Launceston semble ĂȘtre une ville qui bouge, Ă lâĂ©chelle du pays. Entre elle et Hobart, capitale de lâĂźle, on peut y tracer une diagonale pour couper ce bout de terre en deux. Ce soir, nous dormons chez Vicky. Son homme, Malcom, est au Japon. Belles discussions et rires ponctuent cette belle journĂ©e. Elle nous proposera mĂȘme de rester une nuit de plus pour pouvoir visiter les gorges de la South Esk River et la ville. Elle est une perle de nous faire une telle proposition. Lâattention la plus grandiose sera sans doute quâelle nous mĂšnera le lendemain Ă lâaĂ©roport pour que jâaille chercher mon Fedex puis elle nous dĂ©posera aux gorges. Une action tellement prĂ©cieuse dans un voyage !
Finalement, nous passerons une superbe journĂ©e dans cette ville. Deux galeries visitĂ©es pour tout savoir sur la Tasmanie et dĂ©couvrir le destin formidable dâun photographe, Olegas Truchanas. Jây laisserai mon chapeau dans un bar pour attendre un peu plus dâun mois avant dâen avoir un nouveau !
Cette rencontre avec Vicky, à travers la communauté de Warmshowers, nous a fait un bien fou. Comme si le voyage en terres tasmanienne était lancé. Elle définira bien ce que nous rencontrerons plus tard comme hospitalité.
Ne nous Ă©loignons pas trop vite de lâocĂ©an
Direction Saint Helens, Ă lâentrĂ©e de la cĂŽte est en passant par la route A3 que nous conseillera Vicky. Un simple conseil pour ĂȘtre Ă lâaise sur le bitume. Deux belles journĂ©es en perspectives !
Nous retrouvons lâodeur caractĂ©ristique des animaux morts sur ou en bord de route. Ici et lĂ , des kangourous, wallabies, possums, et autre malheureuse faune venue sâessayer Ă la traverse. Une seule espĂšce semble Ă©chapper Ă ce flĂ©au : lâEchidna. Jâen observerais un deux jours plus tĂŽt traverser devant moi. Une allure patibulaire vraiment mignonne. Personne ne sent cette odeur Ă circuler en boĂźte de conserve. Pourtant, elle fait partie des parfums du coin.Â
Le camping oĂč nous nous arrĂȘterons le soir sera gratuit. Nous apprenons Ă cette occasion lâimpact des cercles Lions Club et Rotary qui proposent multiples initiatives de ce genre pour la communautĂ©. Bon, pas toujours bien placĂ© comme lĂ , oĂč des camions pleins de troncs dâarbres passeront avec le frein-moteur. Le boucan dâenfer, les tremblements en plus, pour bercer notre nuit. On ne peut pas tout avoir !
Nous avançons le lendemain sur un trail dĂ©diĂ© oĂč il fait bon rouler et marcher. Il formera un faux plat interminable avec un tremblement constant. On Ă©tait bien contents de finir les presque 30 kilomĂštres dessus. Dâautant plus que…
Le chemin est formĂ© de deux passages de roues comme on peut en connaĂźtre, lâherbe poussant au milieu. Je roule sur la partie gauche puis je vois comme un lacet au loin sur la piste. Un serpent ! Je me dĂ©cale vite vers la droite. Pas de signe de vie, il est toujours lĂ . Puis je lance Ă Lisa : âIl est mort, câest bon !â. Je me tourne puis soudain un cri. Lisa qui, tout affolĂ©e, scande : âIl n’Ă©tait pas mort. Ne tâarrĂȘte pasâ. CâĂ©tait un sacrĂ© coup de sang ! Je nâai jamais vu Lisa aller aussi vite, une sacrĂ©e fusĂ©e !Â
Vers un repos en pente douce
Ce soir, nous dormons Ă Derby. ArrivĂ©s lĂ -bas, nous trouvons un spot de camping Ă lâentrĂ©e du village. Un peu miteux et beaucoup trop cher pour pas grand-chose (6 dollars pour 5min de douche), la tente se dresse quand mĂȘme. Et nous dĂ©cidons dâaller prendre un verre plus loin. Au comptoir, le barman nous dit quâil y a un terrain officieux de camping dans le contrebas du cafĂ© et dâautres douches pas loin Ă 3 dollars. LâĂ©quation est vite rĂ©solue ! Nous nous empressons dâaller dĂ©monter la tente puis de la remonter au lieu-dit. Nos voisins seront 3 potes en week-end pour apprĂ©cier les lieux en mountain bike. Le village est rĂ©putĂ© pour toutes ses diverses pistes.
Et de lâautre cĂŽtĂ©, nous le dĂ©couvrirons Ă leur retour, une famille de 5. Tous avec les mountain bikes pour que tous sâamusent ensemble. Câest comme ça que nous faisons la connaissance de Bonnie et David, et les enfants, Isaac, Ava et Walter. Nous papotons Ă propos de notre voyage puis chacun retourne Ă ses popotes. La faim nous appelle. Plus tard ou le lendemain matin, Bonnie vient nous voir avec des blueberries toutes fraĂźches que lâon apprĂ©cie de leurs croquants. Elle nous dit que nous serons les bienvenues pour rester chez eux Ă Hobart lorsque nous y passerons. Quels anges du voyage avons-nous Ă nouveau rencontrĂ©s ? Lorsque la gratitude est Ă son plus haut, elle ne sait jamais quâelle sera sollicitĂ©e encore plus.
Avec le sourire, nous accueillons ce matin comme une bĂ©nĂ©diction. De courte durĂ©e, car devinez quoi ? Jâai crevĂ©. Juste avant de partir et aprĂšs un petit-dĂ©jeuner succulent dâun granola riche en goĂ»t, je sens ma roue dâune belle mollesse. La flemme de faire ça (rĂ©parer) maintenant, je regonfle. Le pansement ne durera que 8 km. La montĂ©e dâentrĂ©e de jeu aura Ă©tĂ© gravie, je suis Ă plat. Dans un virage, je mâarrĂȘte Ă lâentrĂ©e dâun terrain. Lâexercice est bien rodĂ© maintenant (si vous nous suivez depuis le dĂ©but). Il sâagirait de changer les roues, lâusure de la protection anti-crevaison semble envoyer des messages.Â

Nous avons bien fait car il y a encore un peu de grimpette avant dâarriver Ă Saint-Helens. Tout se passe avec plaisir, vraiment. Nous arrivons Ă philosopher sur nos vĂ©los. Jâarrive de nouveau Ă Ă©viter un serpent qui tente de traversĂ©e la route. Il faut savoir que les seules espĂšces de serpent prĂ©sentes sur lâĂźle sont venimeuses Ă souhait. Les serpents-tigres jouissent d’une belle rĂ©putation ! Ă la ferme de notre arrĂȘt casse-croute, je recroiserais le conducteur de la voiture qui me suivait. Nous rigolerons de ce court instant.
Le repos sera de mise Ă Saint-Helens, nous resterons deux nuits lĂ -bas. Histoire de goĂ»ter le fish & chips du coin puis dâautres sucreries intĂ©ressantes. Peu de chose Ă y faire mais ces escales nous font retomber la tension dans nos corps pour mieux repartir ensuite. La fin janvier encore chaude nous accueille avec douceur.
Nous remarquons, pendant notre sĂ©jour ici, des cyclos qui se sont pris un couchage en dur. Pas de contact jusquâĂ ce petit matin de notre dĂ©part vers le sud, la dĂ©couverte de la cĂŽte est tant attendue.
Nous discutons avec eux, un homme et une femme, lui est amĂ©ricain. Enfin ils discutent avec nous, lui discute avec nous, enfin voilĂ . TrĂšs bavard, on n’arrive presque pas Ă en placer une pour notre plus grand rire, mĂȘme si câest un peu oppressant par moment.
La route du jour est courte, vers un bled qui se nomme Scamander. Courte Ă©tape pour couper en deux fois le lendemain. Telle une escale technique. La rĂ©vĂ©lation dâun littoral qui en jette nous ravit dĂ©jĂ . Rouler vers le sud est toujours plus facile mentalement, on pense toujours descendre. Alors rouler avec comme meilleure compagne la Mer de Tasmanie, câest dĂ©licieux.
La veille, lâamĂ©ricain nous avait dit quâils dormiraient dans le premier camping de Scamander. Notre chemin nous a menĂ©s vers le second Ă la sortie du village. Le lendemain, lorsque lâon reprend la route, nous les dĂ©passons avec un coucou. Puis plus loin, notre pause dĂ©jeuner se dĂ©roule sur un parking donnant sur une plage magnifique. Dans lâouverture sur la route, nous les voyons passer. Avec surprise, ils ont opĂ©rĂ© un demi-tour pour venir discuter. MalgrĂ© la bonne intention, je crois que nous nâavions pas lâenvie dâĂȘtre rejoints Ă cet instant. Le monologue fut trĂšs long Ă Ă©couter. Ă y repenser, câĂ©tait bien marrant comme action.
Nous ponctuerons ce dĂ©jeuner par une courte balade sur la plage de sable blanc en arc dâune longueur infinie. Le soleil donne tellement sur ce sable que les lunettes de soleil sont obligatoires. Le vent sur notre frimousse rĂ©chauffe de sa chaleureuse expression nos cĆurs dĂ©jĂ bien rayonnants.
Des rencontres Ă nâen plus finir !
Sur ce chemin, aprĂšs le dĂ©jeuner, aprĂšs la fatigue dâĂ©coute, aprĂšs avoir compris pourquoi nous avancions vite (vent de dos !), nous voilĂ arrivĂ©s Ă Bicheno.
ArrivĂ©s pas si tard, nous posons les vĂ©los Ă un arrĂȘt de bus. Dâun coup, un petit couple de retraitĂ©s commence la discussion.
âDâoĂč venez-vous comme ça ?â
âOn est de Franceâ
âAh ! mais jâai Ă©tudiĂ© le français quand jâĂ©tais jeune ! Jâai vĂ©cu Ă Jerseyâ
Sâen est suivie une superbe discussion chaleureuse avec Susie et Stephen. Pour se dire aurevoir, nous avons mĂȘme terminĂ© par des âhugsâ qui nous auront fait un bien fou Ă cet instant. Un Ă©change de contact pour potentiellement se retrouver en Angleterre lors de notre passage. Ce serait un plaisir de retrouver ces gens. Ce genre de belle histoire.
Il Ă©tait temps de bouger vers le camping qui se trouve en plein centre du village. Avant de bouger, un petit monsieur sur son vĂ©lo nous indique un terrain qui pourrait nous servir Ă poser la tente. Bien gentil de sa part, nous irons tout de mĂȘme au camping.
RĂšgne un vent bien fort sur Bicheno en cette fin de journĂ©e. En plein sur nous, poser la tente sâannonce ardu. Lâune des jointures de nos arceaux se dĂ©solidarise. Pas de panique, cet incident est dĂ©jĂ arrivĂ©, on se dit quâil faudra alors changer la structure qui ne pourra pas nous lĂącher nâimporte oĂč. On ne peut pas se permettre ce risque de ne pouvoir dormir abritĂ©s un jour !
Nous resterons deux nuits dans ce lieu bien agrĂ©able. Le temps de faire le tour de cette avancĂ©e rocheuse sur la mer. Nous monterons au Whalers Lookout pour un peu plus se faire une idĂ©e de lâendroit. Ce paysage aux contours fins dans la brume nous saisit longuement alors que nous nous reposons sur les rochers.
Cette seconde soirĂ©e nous donne lâoccasion de rencontrer une famille inspirante. Tous les quatre, ils voyagent. Comme nous, La Nouvelle-ZĂ©lande a prĂ©cĂ©dĂ© la Tasmanie. Ayant des boulots saisonniers, Antoine et Camille, actuellement Savoyards, emmĂšnent les enfants avec eux. LâĂ©cole se fait sur la route, parfois les deux loulous assistent Ă des cours dans un Ă©tablissement local. On a trouvĂ© ça gĂ©nial. Leur premiĂšre aventure, il y a quelques annĂ©es, sâĂ©tait dĂ©roulĂ©e en Patagonie, Ă vĂ©lo alors quâils nâavaient jamais fait ça. Câest ce quâon appelle, sauter le (grand) pas !
Ce passage Ă Bicheno nous a enchantĂ©s. Le vent a faibli, le soleil est pleinement de retour. Il Ă©tait temps de continuer la descente. Direction Coles Bay, non loin du Freycinet National Park. Ce parc abrite la cĂ©lĂšbre Wineglass Bay, plage dont lâĂ©clat rend instantanĂ©ment la photo instagrammable. Je vais vous dĂ©cevoir, nous nây sommes pas allĂ©s. Le prix des pass pour les entrĂ©es du parc Ă©tant assez Ă©levĂ©es, notre budget nâaurait point apprĂ©ciĂ©.
En revanche, je vous partage une petite histoire : Ă peu prĂšs un an plus tĂŽt, je participais Ă un Secret Santa international sur le site Imgur. Le mien se situait en Tasmanie. Lâun de ses cadeaux fut une grande photographie de cette fameuse plage ! Improbable de se retrouver ici Ă prĂ©sent. Nous avons dĂ» ĂȘtre influencĂ©s par ce cadeau trĂšs certainement !
Nous resterons Ă Coles Bay pour deux nuits. Une balade sur la cĂŽte pour admirer les falaises surplombant Honeymoon Bay et un coucher de soleil sur Muirs nous enchanteront et nous combleront bien assez.

Un bruit dans la nuit
On aurait pu vous raconter tranquillement la rencontre avec un couple de cyclo-randonneur-retraitĂ©s Ă©cossais avec qui nous nâavons finalement pas tant discutĂ©. On aurait pu.
Il y a toujours mieux en fait ! Donc…
Il Ă©tait Ă peu prĂšs 3 heures du matin. Un bruit de quelquâun qui fouille dans ses sacs nous rĂ©veille. LĂ , on se dit quâa priori le motard, qui sâest installĂ© pas loin hier soir, remballe ses affaires pour partir tĂŽt. Pourquoi pas aprĂšs tout.
Le bruit continue. Comme si quelquâun insistait sur un sac qui ne sâouvrait pas. De sourds bruits de respirations et grognements. Lisa jette un coup dâĆil au sac Ă©tanche oĂč lâon range tout notre garde-manger. Il nâest plus lĂ . Mince ! On a une bĂȘte qui a passĂ© tout son petit corps sous lâabside de la tente pour le tirer vers lâextĂ©rieur. SidĂ©rĂ©s que nous sommes, sans savoir quoi faire. Nous toussons avec quelques claquements de doigts et nos lumiĂšres allumĂ©es.
Une silhouette se relĂšve dans la lumiĂšre du lampadaire. En ombre chinoise, je peux apprĂ©cier les contours de ce possum qui se dresse sur le tronc dâun arbre. Puis il sâenfuit, pas seul apparemment, si nos oreilles ne nous mentent pas.
Une petite frousse gratuite que lâon sâest mis. On en rigolera tellement. Nous observerons des traces de pattes sur la tente et une de nos sacoches.
Nous sommes rincĂ©s de cette nuit Ă moitiĂ© blanche ! Nous qui voulions nous reposer. Pour vraiment savoir quel animal Ă©tait venu, nous avons envoyĂ© les photos Ă Bonnie (rencontrĂ©e Ă Derby) qui connait bien la faune locale. On hĂ©sitait entre diable de Tasmanie, wallaby ou mĂȘme un wombat. Bref, ce nâĂ©tait quâun gentil possum. Ă savoir quâils sont trĂšs intelligents. Les nuits dâaprĂšs, nous serons de tous les aguets !Â
Nous partons de Coles Bay dans un Ă©tat peu optimal. Nos petits corps ne sont pas en reste avec quelques courbatures. Puis nous avons besoin de nous trouver un moment dâintimitĂ© pour nous deux. Le choix est fait de se poser deux nuits Ă Swansea dans un hĂŽtel, bien que choisi en fin dâaprĂšs-midi, il nous comblera en tout point. Avec lessive Ă dispo et gratuite, il faut le savoir ! En vrai, câest le genre de surprise qui fait plaisir lorsque cela nâentraine pas de frais en sus. Nous ne paierons aucune de nos lessives en Tasmanie dâailleurs.
Je reviens sur ce qui nous a motivĂ©s Ă prendre cette pause Ă lâhĂŽtel. LâĂ©coute de nos corps dans sa manifestation Ă demander du repos. Dans dâautres contextes, on se dirait facilement que continuer avec ces petits maux ne serait pas un grand problĂšme. Dans la situation prĂ©sente, on sâest vite dit que le voyage sâannonce long, et ces dĂ©tails sont Ă Ă©couter humblement. Se dire, que oui, ce nâest pas la grande forme, il faut sâarrĂȘter mĂȘme si lâon a dĂ©jĂ pris pas mal de temps sur le trajet. Le plaisir doit ĂȘtre dĂ©nominateur principal de cette aventure. Les pansements, câest bien, se rĂ©parer, câest mieux !
Et pour le vĂ©lo, câest pareil…
Nous sommes heureux dâĂȘtre lĂ oĂč nous sommes.
Loin dâimaginer les surprises qui suivront.
Le voyage gagne en consistance en rencontrant toujours plus de gĂ©nĂ©rositĂ© et dâhospitalitĂ©.
Toutes ces pépites ne peuvent que se vivre pour y croire.
Notre crĂ©do est de toujours dire âouiâ Ă ce que lâon nous propose.
Pour ne pas avoir Ă regretter dâavoir manquĂ© quelque chose Ă cause dâun a priori basĂ© sur des prĂ©jugĂ©s absurdes et ainsi casser des barriĂšres qui ne sont pas les bienvenues ici.
Il est temps dâentamer le mois de fĂ©vrier de lâannĂ©e 2025 (dĂ©jĂ !).
On se retrouve dimanche prochain ?
Merci de nous lire. On se plait Ă lâexercice et vous en ĂȘtes la plus belle motivation.
Prenez soin de vous.

Pour vous le passage d’un pays Ă un autre, ça se passe bien ? Une adaptation particuliĂšre Ă avoir ?
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