Ou le plaisir d’ĂȘtre au plus bas
Milton đ Bluff
Nous sommes en 2025, il est temps de bien commencer les choses.Â
Pourquoi ne pas aller voir lâocĂ©an ? Qui nâest finalement plus trĂšs loin.
Nous lâavons quittĂ© il y a plus dâune semaine.Â
Cela signifiera aussi que nous approcherons du lieu le plus au sud sur le globe Ă portĂ©e de pĂ©dales.Â
Le seul autre endroit possible serait la Patagonie, pourquoi pas, un autre jour.Â
Quelques petites Ă©tapes sont nĂ©cessaires. Il faut tout dâabord se rĂ©veiller. On ne sâĂ©tait pas encore couchĂ©s Ă cette heure-ci depuis le dĂ©but du voyage.
Lâoccasion de vous informer que notre rythme de sommeil sâarticule comme suit : 7h lever difficile, 22h extinction des feux trĂšs facile.Â
Nous dormons relativement bien dans notre tente, sur nos matelas, Ă lâintĂ©rieur de nos sacs de couchage. Au fur et Ă mesure des jours, nos choix dâĂ©quipements se confirment. Cela peut ĂȘtre perçu comme une satisfaction Ă©tant donnĂ© lâusage qui en sera fait sur le long court.Â
Atteindre le point le plus bas de Nouvelle-ZĂ©lande se rĂ©sume Ă aller Ă Slope Point. GĂ©ographiquement et prĂ©cisĂ©ment, il est lâendroit le plus austral du pays. Pour nous, ce sera Curio Bay, aller jusquâĂ Slope serait nous ajouter 12 km aller-retour sur gravel road dont nous ne sommes plus fans pour le moment.Â
Avant dâarriver jusquâĂ la curieuse baie. La distance impose des Ă©tapes. La mĂ©tĂ©o nous suggĂšrera de sâarrĂȘter un moment. Et puis, vu le calendrier qui sâoffre Ă nous, compte tenu de la date de notre vol de dĂ©part, nous avons le choix de prendre le temps.Â
La premiĂšre route de lâannĂ©e sera celle qui longera lâocĂ©an Austral vers Kaka Point. Jâai menti, cette portion de route blanche est bien en gravel. On a vite fait d’y revenir lorsque le seul choix ne peut que s’y porter. Elle sera particuliĂšrement plus agrĂ©able que dâautre. Nous ne voyons pas forcĂ©ment lâogre bleu depuis la piste. Quelques voitures nous doublent ou nous croisent Ă grande vitesse.Â
Toujours une hallucinante stupéfaction de voir ces limites de vitesse à 100 sur route de gravier.
Nous bouffons un peu de poussiĂšre et du vent.Â
LâatmosphĂšre y est celle des jours dâaprĂšs fĂȘtes. Une latence de mouvement pour les ĂȘtres humains comme pour la faune.Â
Nous reprenons lâaccroche des pneus sur lâasphalte. Des pĂȘcheurs sont situĂ©s aux abords de la riviĂšre que nous remontons vers Balclutha. Un intermĂšde lĂ©ger que lâon apprĂ©cie car le ciel sâest dĂ©gagĂ©. Nous discutons doucement de nos impressions de la route passĂ©e. JusquâĂ ce que nous engagions les derniers kilomĂštres vers notre destination du jour. Le vent de face sur une ligne droite de 5km.Â
Un régal dont on ne parle pas assez mais dont nous sommes coutumiers.
Lâendroit semble bien prisĂ© pour le surf. Une plage vient accueillir les vagues de la marĂ©e montante. Un poste de secours se dresse au milieu de lâĂ©tendue de sable. Plus haut, notre camping plein Ă ras bord.Â
Nous sommes toujours dans le pic de la saison dans les campings. AprĂšs dix minutes dâincertitude, on nous trouvera une place. à cĂŽtĂ© de la famille qui rote et pĂšte comme dans un opĂ©ra. MĂȘme pas peur pour leur faire concurrence ! Notre temps ici se rĂ©sumera Ă deux jours Ă profiter de la vue depuis le cafĂ© qui donne sur la baie.Â
Constater que les sports comme le bowling (sorte de pĂ©tanque Ă la british), le golf et le cricket sont des activitĂ©s aux infrastructures prĂ©sentes absolument partout. Chaque ville ou petit village en est dotĂ©. Clairement identifiables, mĂȘme le rugby ne fait pas de vague dans le paysage urbain.Â
Un saut de puce pour nous approcher de lâĂ©tape dâaprĂšs, sinon trop longue Ă rĂ©aliser en une fois. Le village dâOwaka nous accueille pour deux nuits de nouveau. Nous poserons la tente dans un lieu atypique. Un ancien hĂŽpital Ă lâarchitecture particuliĂšre dâune Ă©poque maintenant rĂ©volue. La vĂ©randa en dur sera notre refuge Ă lecture et Ă©criture.Â
Mon matelas commence Ă montrer des faiblesses de gonflage quâil ne tient plus en fin de nuit. Je dois gĂ©rer la gestion de la garantie pour mâen faire livrer un nouveau dans notre prochain pays. Il y a toujours un peu de paperasse Ă gĂ©rer mĂȘme lorsqu’on souhaite en avoir le moins.
JusquâĂ ce que lâon atteigne Curio Bay par une des Ă©tapes les plus belles et satisfaisantes de notre long parcours. Le choix de ne pas suivre la âscenic roadâ mais plutĂŽt la backroad Ă 100% gravel, passant par un genre dâarriĂšre-pays, Ă©tait judicieux. Rouler sans trop forcer et en mĂȘme temps gravir des petites cĂŽtes pour atteindre un point de vue satisfaisant.Â
MĂȘme manger le long de la route, comme la plupart du temps en NZ, nous sera agrĂ©able. Nous passons Ă travers champs dans un silence criant de bonheur. Avec lui, le partage de cet Ă©tat est total. La forĂȘt semble nous regarder elle aussi dâĂ©tonnement. âQue faites-vous par ici ? On ne voit jamais personne.âÂ
Une sombre cĂŽtelette se dresse avec un revĂȘtement qui ne plait pas au vĂ©lo.Â
Je tombe le pied au sol pour pousser le vĂ©lo un peu.Â
Un pick up sâarrĂȘte pour me dire quâun camion va passer dans lâautre sens, je devrai faire attention.Â
Ce nâest quâaprĂšs son passage que je compris ce quâil venait de me dire.Â
Ă lui faire rĂ©pĂ©ter avec son accent sorti de trĂšs loin, il est parti en disant simplement : âJust watch out!âÂ
Plus tard, en haut, Ă la frontiĂšre entre deux rĂ©gions, Ă lâentrĂ©e du Southland, un Ă©norme camion passait devant nous.Â
Un peu Ă©berluĂ©s, on se demandait pourquoi cette vitesse pour cet Ă©norme machin sur roues.Â
Bref. Une barre de cĂ©rĂ©ales pour la derniĂšre longue ligne droite, retrouver la route principale et nous voici, longeant une baie sans fin, presque. Au bout, le camping de Curio Bay cachĂ© par une multitude de haies. Le vent souffle Ă notre arrivĂ©e. Nous choisissons un emplacement Ă lâabri et avec une table de pique-nique idĂ©ale pour y apposer les vĂ©los.Â
Nous comprenons lâusage des haies pour ĂȘtre bien Ă lâabri du vent !

Des rencontres au bout de la pente du sud
En y restant deux nuits, nous aurons lâopportunitĂ© dâaller nous promener sur la baie au petit matin. On remarquera des Dauphins dâHector, endĂ©miques du coin, surfant les vagues avec leurs compĂšres humains. La rencontre de deux gars, Mat et Brendan, au diner, nous fera grandement plaisir. Une petite partie de belote finira le diner.Â
Le lendemain soir, un anglais, David, nous abordera pour entamer une discussion simple mais plaisante, teintĂ©e de son humour.Â
Pour la petite histoire, pendant le temps de la discussion, et de la journĂ©e passĂ©e, une pluie venteuse incessante sâabattait sur le camping. AprĂšs le diner Ă discuter avec David, nous revenons Ă notre tente pour constater que le fond de la chambre et le dessous de nos matelas sont trempĂ©s. Le footprint (sorte de bĂąche entre la chambre et le sol) censĂ© protĂ©ger a plutĂŽt fait Ă©tuve. Il est 21h, le soleil nâest pas encore couchĂ© et le vent souffle encore fort.Â
Action, rĂ©action. Nous sortons lâintĂ©rieur de notre maison pour exposer ce qui est mouillĂ© aux Ă©lĂ©ments. Une heure plus tard, tout sera sec. Une chance dâĂȘtre revenus assez tĂŽt pour pouvoir rĂ©aliser lâopĂ©ration. Dormir avec flaque sous nos gentils popotins nâaurait pas Ă©tĂ© des plus agrĂ©able.
Au petit matin suivant, le soleil se lĂšve sur une journĂ©e qui repoussera un peu plus nos limites. La mĂ©tĂ©o prĂ©voyait un vent de face soutenu et froid. Le menu de la frustration. 90 km Ă parcourir pour aller sâoffrir deux jours pleins de repos Ă Invercargill. CitĂ© de John Munro, motard aux records, hĂ©ros local en soit.Â
La premiĂšre partie se dĂ©roule bien pour atteindre un cafĂ© Ă mi-parcours. Nous nous souviendrons quâil ne faut plus jamais tenter la bacon-egg pie, la recette de la dĂ©gueulasserie. Nous sommes dĂ©jĂ bien rincĂ©s de ce qui nous vient dâen face. Au moins, nous avons une carotte au bout.Â
Puis nous retrouvons la circulation raisonnablement empruntĂ©e sur la scenic route dont nous Ă©vitons le goudron depuis le dĂ©but. JusquâĂ bifurquer sur une longue route de gravel qui nous mĂšnera au centre-ville. Cette derniĂšre partie sera la plus dure. Aura un impact sur nos morals et humeurs.Â
Des leçons dans le plus dur
Ă lutter contre le vent, se faire ralentir par la surface, ne pas en voir le bout. Nous ressortons chafouins dâinterventions lancĂ©es lâun envers lâautre Ă un croisement de routes. Fait que lâon termine lâĂ©tape chacun de notre cĂŽtĂ©, Ă peu de chose prĂšs.Â
Nous en rediscuterons plus tard. Une journĂ©e intense et des incomprĂ©hensions peuvent surprendre Ă tout moment. Ătre 24h/24 ensemble nous offre peu de rĂ©pit. Lâintransigeance parfois sâinstalle sans crier gare. InjustifiĂ©e, elle nous inspirera plus de souplesse.Â
Câest aussi en ces expĂ©riences que le voyage forge, individuellement ainsi que le couple que nous formons. De ce dernier terme, nait aussi lâinterprĂ©tation quâun couple se forme chaque jour Ă perdurer et travailler Ă ĂȘtre heureux lâun avec lâautre.Â
TrÚs simple philosophie exprimée pour apporter une brÚve image de ce que peut aussi apporter un voyage.
Ă lâoccasion de cet arrĂȘt, nous ferons un aller-retour Ă Bluff. Il fait lâobjet aussi du point final du Te Aeroa Trail, un long tracĂ© nord-sud de la NZ . Pour la forme, nous y sommes allĂ©s Ă vide pour une petite balade. Aller voir ce quâil se passe Ă cet endroit qui attise les convoitises pour la photo sous le poteau regroupant multiples panneaux de directions internationales. On y mangera trĂšs bien. On fera comme tout le monde en rentrant le clichĂ© dans la boite. La vue est belle.Â
Cependant, on plaint les personnes finissant leurs trails Ă pied ou en vĂ©lo ici.Â
La piste est juste Ă cĂŽtĂ© de la route et rien nâest vraiment spectaculaire. Peut-ĂȘtre aprĂšs tout une banalitĂ© pleine dâironie aprĂšs ce que le pays offre Ă bien des Ă©gards.Â
Ce stop nous permettra de faire le point. Constater le chemin parcouru.Â
Voir la suite qui sâannonce. Profiter de la ville oĂč nous sommes.Â
Profiter de gĂ©rer la logistique habituelle. Rencontrer Victoria, notre hĂŽtesse du sĂ©jour.Â
Une Ukrainienne venue poursuivre des Ă©tudes ici, par pur intĂ©rĂȘt pour les Ă©tudes.Â
Lâoccasion de rencontrer Marc dans un laundromat, breton en voyage ici et lĂ sur le globe Ă rĂ©aliser ses rĂȘves car il le peut.Â
Apprendre un peu de la culture locale. On se demandait pourquoi cette citĂ© avait Ă©tĂ© implantĂ©e ici.Â
Nous n’avons pas chercher les rĂ©ponses Ă ces questions. On ne cherchera pas plus loin.Â
Queenstown commence Ă nous faire de lâĆil.
Un peu de route Ă parcourir.
La satisfaction de rouler pour du bonus.
Pardi. Nous ne croyons pas si bien penser !
On vous raconte tout ça dimanche prochain.

Et vous, quelles seraient vos expériences avec le vent à raconter ?
On rĂ©pond Ă toutes vos questions en commentaire si vous souhaitez en savoir plus sur certains points.âš
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