Nelson 👉 Westport
Un interlude dans cette descente vers le sud.
Une phase “soupape” après l’inimaginable et avant la surprise méritée.
Nous quittons Nelson, le cœur gros.
La route vers Kaiteriteri est sublime.
La vélo-route qui longe la côte de la Tasman Bay nous dévoile des couleurs éclatantes et des parfums envoûtants.
Beaucoup de lignes dans les derniers récits.
Pour cette étape sobre, allons vers plus de légèreté.
Nous passons au-dessus de l’Highway 1, contournons une usine, retrouvons un gravier accueillant. La journée commence bien.
Puis vient le changement de cap, dans un vent de face, en direction de Rabbit Island. Après 5 kilomètres en ligne droite, nous longeons la côte de l’île. En pleine pinède, la madeleine de Proust s’invite à chaque tour de roue
Le soleil révèle les nuances translucides de l’eau.
Le sable fin, les barques posées là comme un tableau, et le calme environnant nous comblent.



En continuant vers l’ouest, nous empruntons un tout petit traversier. Pieds et pneus s’enfoncent légèrement dans le sable avant de grimper sur la passerelle.
De l’autre côté, une découverte gourmande nous attend : la « real ice-cream fruit ». Avec la hauteur de ma main, ma glace au cassis me régale.


L’étape du soir se fait là où les bateaux-taxis partent pour déposer les randonneurs sur les plages du Tasmanian National Park.
Au petit matin, le lieu se dévoile dans sa plus grande quiétude.
Personne sur la plage, seulement nous deux, assis sur un banc, savourant notre petit-déjeuner.
Le jour se lève doucement. Une belle journée s’annonce, alors que nous contemplons ce lieu si fragile et apaisant.
Dans quelques jours, nous retrouverons l’océan.
Nous atteindrons Tapawera par une route secondaire d’une tranquillité appréciable.
On en profite lorsqu’il y en a ! Elle longe la rivière.
Une petite voiture de collection, à banquette, vient nous tenir compagnie. Nous avons le temps d’admirer les animaux des champs. Les chevaux immobiles lèvent leurs têtes de leurs longs cous. Des vaches nous observent toujours avec ces yeux sans expression. La définition parfaite d’un regard simple, sans jugement.
Puis vient la jonction qui nous mène sur une route principale un peu plus passante, après un casse-croûte à l’abri de la pluie.
Une dernière difficulté nous attend : une sacrée côte ! Mais elle se termine par une descente douce jusqu’au camping. Un lieu bien agréable. Arrivés tôt, nous avons… le temps. Le temps d’attendre que l’averse passe pour poser la tente.
Lorsque nous allons faire un tour à l’épicerie, nous croisons pour la première fois deux cyclo-voyageurs, comme nous, bien chargés.
Deux Allemands, qui semblent tout aussi ravis de nous croiser. Nous avions entendu parler d’eux chez le vélociste de Nelson (problème de dérailleur). Quelle coïncidence !


À la cuisine du camping, nous faisons la rencontre d’un Français, amateur de pêche à la mouche. Il revient en Nouvelle-Zélande chaque année, pendant au moins trois semaines, pour le sport.
Son élément : les pieds dans l’eau, en compagnie des sandflies. Un personnage passionné.
Le lendemain, nous le recroisons sur la route. Il nous salue en ralentissant à côté de nous.
Malheureusement, il nous confiera plus tard avoir perdu sa canne à pêche ce matin-là. Probablement oubliée sur le toit de son van avant de repartir.
Ce jour-là, nous avons galéré à passer le Hope Saddle. Asphalté cette fois, la difficulté résidait uniquement dans le dénivelé, doublé du trafic. Cependant, les conducteurs se montraient très attentifs à notre présence.
Nous avancions sereinement, prenant notre temps. Je décidais d’attendre Lisa au sommet pour manger, avec la vue sur la vallée.
Les tables et bancs sont rares en Nouvelle-Zélande, mais on savoure d’autant plus leur présence quand on a la chance d’en croiser.


En approchant de Murchison, nous dénichons un petit camping qui devient notre coup de cœur dans cette catégorie.
Tout proche de la rivière, la gérante, arrivée en trottinette électrique, nous désigne un emplacement calme.
Nous y rencontrons des Irlandais et un Néo-Zélandais, chauffeur dans le transport personnalisé et spécialisé. Ce jour-là, il transférait des motos de collection de Christchurch à Auckland, un travail à réaliser vite et bien avant d’enchaîner.
Ce qui nous a particulièrement séduits dans ce camping, c’est la musique omniprésente dans les installations, que ce soit dans la cuisine ou les toilettes.
Un fond musical, à tempo très lent, berçait l’ensemble et accompagnait doucement la fin de journée. Prendre une douche avec ce genre d’ambiance sonore s’est révélé franchement agréable !
Encore une étape avant d’arriver à Westport, le « début » de notre côte ouest.
Tout se fait avec plaisir : des routes peu fréquentées, une végétation dense qui nous protège du soleil, des perspectives à couper le souffle. On pourrait croire que ces cirques de pierre se sont formés hier, tant le travail de la Terre semble monumental par endroits.
Nous commençons aussi à remarquer les nuances de couleur de l’eau des rivières.


L’enchaînement des petites montées et descentes nous mène à Berlin’s Café.
Une auberge perdue au milieu de nulle part, comme le dit si bien l’expression. L’endroit en est la définition même.
L’ambiance y est à la fois sympathique et étrange. Des pancartes signalent que l’établissement est à vendre, et dans la partie restaurant, une télé diffuse à plein volume. Cependant, le tenancier, d’un bon humour, cuisine plutôt bien. Nous y découvrons la Bundaberg à la goyave : très sucrée, mais délicieuse.
Le lendemain, la route est calme, sans grande difficulté, pour rejoindre Westport.
Quelques passages en une seule voie contournent la roche. En vélo, on se demande toujours si l’on aura le temps de passer avant qu’une voiture n’arrive en face… ou pire, un camion.
La peur, toutefois, est de courte durée : les paysages nous happent.
Des forêts de pins, un vieux pont ferroviaire, et une rivière dessinant un fer à cheval rythment notre journée.
Sous un joli soleil, nous atteignons Carters Beach, non loin de la ville où nous avons fait quelques courses. Le camping, accolé à la plage, nous offre une symphonie de vagues en guise de berceuse.
Au réveil, tout est resté sec, malgré l’humidité de l’océan qui se faisait sentir la veille. Nous profitons de cette escale pour une méga lessive, une balade sur le sable, et pour goûter les fameuses whitebait.
Un repos bien mérité.


Après deux jours sur place, il est temps de reprendre la route vers le sud, sur cette côte prometteuse.
Un dernier passage à l’épicerie, un coup de pompe chez le vélociste local, et nous voilà prêts.
Mais à peine trois kilomètres après notre départ, catastrophe : mon pneu arrière éclate.
Sous un ciel clément, je m’attelle à changer la chambre à air, déchargeant tout le vélo pour pouvoir réparer.
Je m’interroge sur la pression que j’ai envoyée dans ces pneus… et deux kilomètres plus loin, c’est au tour de l’avant d’éclater. L’enfer.
La pluie s’invite soudain, et en force. Les voitures et camions passent à vive allure, éclaboussant au passage, sans qu’aucun conducteur ne s’arrête.
Même une voiture qui semblait tourner de notre côté s’est contentée de nous saluer de loin, sans venir vérifier si tout allait bien.
À l’avant, c’est barbant car je doit enlevé le porte-bagages. Aucune solution de trouvé jusqu’à maintenant.
Face à ce coup du sort, nous décidons de rebrousser chemin jusqu’à Westport.
Nous trouvons un refuge au chaud pour affronter les jours de pluie qui s’annoncent.
Sans doute était-ce un signe. Nous choisissons de le prendre ainsi.
Ces jours de pause nous offrent l’occasion d’écrire, lire, et regarder quelques films pour décompresser.
Le sud attendra un peu. Nous reprendrons la route quand le moment sera venu.


Ces coups durs sont riches d’enseignements et d’exercices en résilience.
On apprend à décider plus vite, à mieux s’organiser.
« Accepter » devient un verbe incontournable quand certains paramètres échappent à notre contrôle.
Et même lorsqu’ils nous semblent maîtrisables, il faut parfois lâcher prise. Ne pas juger, avancer.
En vélo, on enclenche rarement la marche arrière.
Chaque mètre gagné ne se dépense plus, il se savoure.
On comprend vite que ces instants où nos chemins croisent les lignes du destin méritent qu’on les écoute.
Plus tard, on réalise que rien n’était vraiment grave.
Au contraire, ces imprévus étaient souvent les prémices de belles surprises, vécues comme elles devaient l’être.
Après cette petite dose de « vélosophie », prenons ensemble une pause.
Le temps de souffler avant de vous abreuver de nouvelles aventures.
Sur le chemin, nous avons fait une rencontre. Un compagnon de route à part entière que nous avons hâte de vous présenter dans le prochain article.
D’ici là, portez-vous bien.
Nous sommes bien, là où vous nous lisez.
Et là où nous sommes, nous pensons à vous, chers lecteurs.
Chaque instant passé à écrire nous permet de laisser le souvenir infuser.
Ce qu’il en ressort ? Une formulation aussi fidèle que possible à nos émotions.

Et vous, avez-vous des passages “transferts” en voyage ? Où il se passe des choses sans que ce ne soit vraiment l’objectif.
On répond à toutes vos questions en commentaire si vous souhaitez en savoir plus sur certains points.
Et pour compléter cet article, retrouvez nos stories sur Instagram : elles sont pleines de détails sur notre aventure. 😉
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