Picton đ Nelson â Ăpisode 2
Nous nous Ă©tions quittĂ©s en plein soulagement dâavoir atteint le sommet du Maungatapu.âš
ĂreintĂ©s aprĂšs plus de trois heures Ă pousser nos vĂ©los sur un terrain inhospitalier.âš
à ce moment précis, il nous reste 20 kilomÚtres. Il est 17 h, ça devrait largement le faire.
Mais bien sĂ»r !âš
Je vous ai mentionnĂ© lâaperçu que jâavais eu Ă lâapproche de la descente ? Rien de rassurant.âš
Jâavais une intuition. Plus tard, Lisa aussi.
CâĂ©tait comme si le chemin reproduisait le mĂȘme dĂ©nivelĂ© nĂ©gatif⊠avec, en prime, deux ou trois courtes montĂ©es abruptes de 500 mĂštres dont nous nous serions bien passĂ©s.âš
à de rares moments, un semblant de plat nous permettait à peine de monter sur nos vélos, juste assez pour avancer un peu plus vite.
Le sentier sâest transformĂ© en piste ombragĂ©e par les arbres, nous redonnant espoir lorsquâun lĂ©ger murmure, celui dâune riviĂšre, sâest invitĂ© Ă nos oreilles.âš
Nous savions quâun lac serait bientĂŽt Ă portĂ©e de vue. Mais encore fallait-il avancer.

Le sol, le long de la riviĂšre, devenait plus caillouteux, affichant une belle teinte blanche polie par lâeau.âš
Un peu glissant, mais rien de dangereux.
Nous nâavions vraiment pas besoin de plus de difficultĂ© pour nous sentir Ă bout.âš
Plus de cinq heures sous une chaleur accablante pour un effort dĂ©jĂ bien trop Ă©prouvant.âš
à fleur de peau, nos émotions nous emportaient souvent vers des larmes de désarroi plus que de joie.
Nous commencions Ă nous rapprocher du but, certes.âš
Cependant, nous redoutions de rouler aprĂšs le coucher du soleil. Je consulte le GPS : lâheure fatidique approche.âš
Il est 18 h, et nous avons Ă peine avancĂ©. Ces trois cĂŽtes casse-pattes semblent nous guetter, silencieuses.âš
Jâestime quâil nous faudra encore bien trois heures pour en finir.
Tout se rĂ©alisera, mais il faudra du temps pour se remettre de la tĂ©tanie accumulĂ©e.âš
MĂȘme si, en vĂ©lo, tout paraĂźt aller plus vite⊠à condition dâĂȘtre dessus !
Lisa reste derriĂšre moi, un peu moins loin que lors de la montĂ©e, mais son Ă©nergie sâamenuise.âš
Dâautant plus quâelle va bientĂŽt manquer dâeau. Quand je repense Ă tout ce que nous avons bu ce jour-lĂ !
Les oiseaux chantent et nous accompagnent de leur prĂ©sence.âš Tant que leurs vocalises restent audibles, la nuit peut attendre.âš
Lâespoir est lĂ , bien vivant. Lâobjectif, toujours devant, nous tient jusquâau bout de nos forces.
Nous restons en contact par radio, toujours.âš
Elles ne nous lĂąchent pas. Ces jouets dâenfants sont un vĂ©ritable rĂ©confort.
ââ Jâai un monsieur en moto qui vient de me dire que lâeau de la riviĂšre est potable ! Si je trouve un accĂšs, jâirai remplir mes gourdes, je nâai plus dâeau. Trop sympa, il mâa demandĂ© si jâallais bien.ââš
Fin de communication.
Je continue dâavancer. Oui, je pourrais aller chercher de lâeau lĂ -bas, devant moi.âš
Mais Ă ce moment-lĂ , la flemme me gagne. Je vois que nous nâavons plus beaucoup Ă faire, alors jâavance.
Puis, jâentends une moto arriver. Elle roule lentement, bien plus que dâautres que nous avons croisĂ©es.âš
Alors que je me dĂ©cale, elle sâarrĂȘte prĂšs de moi. Le conducteur enlĂšve son casque.âš
PremiĂšre impression : il a lâair sympa. Il y a des gens comme ça, on sent tout de suite que ça va bien se passer.âš
Je reste prudent tout de mĂȘme ; nous sommes au milieu de nulle part. Mais sa bienveillance transparaĂźt sur son visage.
« â Vous avez de quoi manger ? me demande-t-il, en lisant sans doute la dĂ©tresse dans mes yeux fatiguĂ©s.
Il a du voir sûrement aussi ceux de Lisa, qui devaient en dire long eux aussi.
â Oui, on a ce quâil faut. Des ramens.âš
â Et vous allez dormir oĂč ?âš
â Au camping, on a une tente.â
Sa maniĂšre de parler me fait comprendre quâil perçoit Ă quel point nous tirons sur nos rĂ©serves.âš
Je nâose imaginer lâĂ©tat dans lequel nous devons paraĂźtre.
ââ Je vais vous donner mon adresse pour que vous puissiez venir ce soir, me dit-il.â
Il me dicte son adresse, son prĂ©nom, son N° de tĂ©lĂ©phone que je note avec application. On regarde ensemble si j’ai bien tout compris. J’Ă©corche son prĂ©nom d’une ou deux lettre et tout semble bon.
Rik aura été notre rayon de soleil de la journée.
Cependant, il nous reste encore Ă avancer.
Quelques vĂ©rifications sur ce que jâai inscrit, et il repart.
Me voilĂ de nouveau seul devant la grosse cĂŽte. Lisa, pas si loin derriĂšre. Je repars sans plus attendre, le temps de jour commence Ă diminuer.âš
JâenchaĂźne avec difficultĂ© les deux murs, dont lâintensitĂ© est inattendue, puis une riviĂšre Ă traverser se dresse sur le chemin.
Jâen profite pour me ravitailler en eau. Lisa me signale Ă la radio quâelle a fait le plein dâeau Ă la riviĂšre, comme lâavait indiquĂ© Rik.âš
Je mâinquiĂšte aussi pour son Ă©nergie face aux petites collines qui sâannoncent pour elle.
Je me rĂ©jouis, bien quâun peu, dâavoir LA derniĂšre cĂŽte Ă franchir. Le gravier semble praticable, mais je ne me sens pas du tout la force de monter en utilisant seulement mes jambes.âš
L’ effort Ă fournir dure un certain temps. Lisa avance bien derriĂšre, jâessaie de lui annoncer la bonne nouvelle, mais elle a encore du chemin Ă parcourir.âš

Lorsque jâarrive en haut, une maison se dresse lĂ , au sommet de la colline. « De la vie », je pense. Je communique Ă Lisa le soulagement que cette montĂ©e est finie, je lâattends Ă la croisĂ©e des chemins.
Puis je me dis quâavancer serait aussi une chose intelligente en regardant lâheure : 19 h.âš
Je descends donc prudemment, le terrain étant le meilleur de la journée. Cependant, je réalise cette opération à pied.
Jâentends Lisa me dire quâelle se trouve au milieu de la derniĂšre difficultĂ©.âš Alors, je prends la dĂ©cision de laisser le vĂ©lo dans ce qui semble ĂȘtre le dernier virage.âš Je remonte Ă pied certaines portions de la descente pour aller la retrouver et descendre ensemble.âš ArrivĂ© au milieu de ma remontĂ©e, jâentends un bruit de voiture. Je mâĂ©tonne de cela Ă cette heure-ci.âš Sans doute lâhabitant de cette maison que jâavais observĂ©e plus tĂŽt.
Le bruit se rapproche.âš
La voiture, arrivĂ©e Ă ma hauteur, sâarrĂȘte. Je me retourne, et je crois reconnaĂźtre Rik.âšâ âYou want a ride ?â
Je suis subjuguĂ© de le voir ici, de retour, avec son fils, Sunny, tout aussi avenant.âš
Une bĂ©nĂ©diction vient de tomber. Comme si secrĂštement, jâespĂ©rais ce miracle. Je souris, bĂ©atement, par automatisme.
Alors, je monte dans le pick-up et annonce Ă la radio : « Il vient nous chercher, on arrive, câest nous dans la voiture. »
âšJe nâimagine mĂȘme pas Lisa y croire. La voilĂ dans le sens opposĂ©, amorçant sa descente.âš
Elle fond en sanglots de joie, Ă©bahie par ce miracle, dâĂ©puisement aussiâŠ
On embarque son vélo dans la benne pour arriver à la hauteur du mien.
Sans force dâautre que de dire merci (plusieurs fois), nous regardons Rik fixer les vĂ©los.


Puis roule.âš
Pendant que la discussion se poursuit en roulant.âš On constate ce quâil restait Ă parcourir. Il Ă©tait 20 heures.âš Rik venait de faire 20-30 minutes de voiture pour venir nous chercher.âš Nous avions le cĆur fatiguĂ© de cette journĂ©e, il venait rĂ©chauffer le nĂŽtre du sien.âš
Cet inconnu nous avait vus en difficultĂ©, aprĂšs peu de rĂ©flexion sur son chemin retour en moto, il sâĂ©tait dit quâil allait faire tard pour nous.
Lâironie, câest que jâavais mal notĂ© lâadresse quâil mâavait dictĂ©e.âšJâavais tout de mĂȘme son numĂ©ro, vous me direz.
Nous nâen croyions pas cette rĂ©alitĂ©.âš Les yeux ouverts, nos papilles goĂ»taient la salade prĂ©parĂ©e par Rik. Ils nous disent, avec sa partenaire Michelle, que lâon peut rester quelques jours.âš
Mon goĂ»t se ravive avec le beurre salĂ© quâils mettent sur la table. Autant que ma foi en la magie du pouvoir des sentiments humains.
Le sommeil se fait criant. La douche chaude avant, quand mĂȘme.âš
Dans une chambre dâappoint avec une vue charmante sur la colline dâen face.âš
Nous voici Ă Nelson, qui deviendra notre coup de cĆur de cette Nouvelle-ZĂ©lande surprenante.
Nous resterons finalement trois jours avec la petite famille avec laquelle des liens particuliers se seront créés.âš
Partager des instants de vie avec eux aura Ă©tĂ© un cadeau que seul le voyage peut apporter avec cette saveur.âš
Le partage sâinstallait dans nos discussions au soleil couchant, dans le dĂ©tour Ă Cable Bay avec Michelle, ou dans une fin de journĂ©e familiale au touch-rugby.

Facile de trouver beaucoup de mots pour dĂ©crire cette mi-semaine aux montagnes russes.âš
Difficile dây trouver les mots justes. Si ce nâest de vous dire quâĂ lâĂ©criture, lâĂ©motion est toujours lĂ .âš
Autrement que sur lâinstant oĂč les muscles du visage avaient du mal Ă se relĂącher, mes yeux sont humides au souvenir de cette bribe de vie.
Il fallait repartir. Il fallait bien un jour.âš
Nous pensions ĂȘtre lĂ deux nuits. Nos courbatures en demandaient une de plus.âš
Une photo tous ensemble avec lâargentique pour la mĂ©moire indĂ©lĂ©bile.


Au petit matin, nous partons avec les sourires de Michelle et Sunny.âš
Leur aide prĂ©cieuse. Sunny qui sous-pĂšse mon vĂ©lo.âš
Il est temps de dĂ©coller vers dâautres souvenirs.
Merci Ă toi, Rik, pour cette humilitĂ© dans ce geste si prĂ©cieux inscrit dans nos mĂ©moires.âš
Une chanson chez nous dit comme ça : âCâest peut-ĂȘtre un dĂ©tail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup.ââšMichelle, Sunny, on vous revoit un jour sur la route dans lâhĂ©misphĂšre nord. Vous serez les bienvenus.
(âŠ)
Lâenvie Ă©tait sans doute de rester un peu plus longtemps pour certains effets.âš
Juste en bas de la montée menant chez eux. Un flash.
âšMon tĂ©lĂ©phone est restĂ© lĂ -haut. Dans les toilettes !âš
Rire du matin. Un bref running pour retrouver Michelle au croisement de deux rues pour quâelle me le donne.


On peut maintenant partir tranquille et au complet.
Au New World (supermarchĂ©) en bas, une dame en vĂ©lo-cargo, qui charge les courses et ses enfants, nous aborde.âš
Elle nous raconte quâelle a descendu la cĂŽte ouest, que câĂ©tait beau, vraiment scĂ©nique.âš
Un rĂ©jouissement de savoir que quelquâun avec le mĂȘme Ă©quipement que nous est parti sur les mĂȘmes routes.
Allons découvrir cela ensemble !
Et vous, quels ont Ă©tĂ© vos miracles de voyage ?âšâš
On rĂ©pond Ă toutes vos questions en commentaire si vous souhaitez en savoir plus sur certains points.âš
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