Picton đ Nelson – Ăpisode 1
Qu’il est prenant le voyage lorsque l’on se laisse emporter par la route, puis par le besoin de se reposer le soir.âš Un bout de temps sâest Ă©coulĂ© avant qu’on ne vous offre un peu de lecture.
L’Ăźle du Nord nĂ©o-zĂ©landaise est derriĂšre nous. Le Sud se fait attendre.âš Un intermĂšde de quelques jours Ă Wellington, puis, au petit matin du 2 dĂ©cembre, le ferry nous attendait.
Peu de monde Ă 5h du matin dans les rues de la capitale. Depuis Newtown, nous passons Ă cĂŽtĂ© du Basin Reserve, l’un des plus fameux terrains de cricket du monde, puis nous longeons les quais oĂč les mouettes plissent des yeux Ă l’affĂ»t du premier touriste.
Le terminal des ferries InterIslander est situĂ© plus loin dans les mĂ©andres des routes sous les autoroutes aĂ©riennes. Nous constatons une queue interminable au check-in. Puis nous sommes appelĂ©s par une hĂŽtesse qui nous enregistre comme cyclistes. C’est toujours une bonne situation, ça, cyclo-voyageur : nous passons tantĂŽt lĂ oĂč les voitures passent, tantĂŽt lĂ oĂč les piĂ©tons se faufilent. Cette fois-ci, nous passerons par la grande porte. Nous serons les premiers Ă embarquer sur le pont 5, oĂč il faudra nous caser tout au bout. Une marche patibulaire Ă Ă©viter, pour ne pas heurter les fixations au sol, tout en ayant le temps d’observer l’intĂ©rieur d’un ferry prĂȘt Ă recevoir tous les voyageurs en quatre roues derriĂšre nous. Une brĂšve discussion avec une NĂ©o-ZĂ©landaise Ă l’embarquement fait comprendre Ă Lisa que l’Ăźle du Sud envoie de la beautĂ© Ă grosses doses, et nous offre la premiĂšre belle impression de la suite.


Il ne manque plus qu’Ă vivre cette traversĂ©e de 3h30 dans le calme relatif des ponts passagers. Chaque petit tremblement des moteurs dans l’acier de cette grosse bĂȘte traversant le dĂ©troit de Cook nous allĂšge, sachant que nous avons encore du chemin Ă parcourir. Nous profitons de cet interlude pour prendre nos billets d’avion pour les Ă©tapes suivantes (grosse promo pendant le Black Friday !). Bref, enjouĂ©s par les affaires rĂ©alisĂ©es, nous dĂ©barquons Ă Picton, lĂ oĂč tout commence pour tous ceux qui dĂ©cident de prendre la route pour parcourir ce pays. La navigation tortueuse dans les fjords du Queen Charlotte Sound, juste avant d’accoster, annonce dĂ©jĂ un dĂ©but d’Ă©merveillement.
L’Ă©norme porte qui s’ouvre sur le quai dĂ©voile un ciel bleu appelant Ă l’aventure. Et quelle aventure !âš Je ne vous dis rien. Je vous annonce simplement que, depuis votre canapĂ© ou votre siĂšge de bureau, nous allons vous faire vivre quelques Ă©motions.
Dans le calme et la mĂ©lancolie de ces villes portuaires qui voient arriver et partir le chaland ingrat, nous nous nourrissons de nos sandwiches prĂ©fĂ©rĂ©s, Ă notre sauce. Un cyclo-voyageur de Vancouver engage la conversation, histoire que tout le monde se sente moins seul, puis nous le suivrons une bonne demi-heure plus tard vers notre douce destinĂ©e. âšLa route nous mĂšne Ă Havelock, la citĂ© de la moule, apparemment, oĂč nous n’aurons pas particuliĂšrement le temps d’en savourer une dĂ©gustation. Nous empruntons la Queen Charlotte Drive, qui nous ravira tout du long. Peu empruntĂ©e et trĂšs scĂ©nique, elle nous laisse le temps d’admirer les fjords.âšTantĂŽt une plage cachĂ©e, tantĂŽt une flore peu observĂ©e, ou bien une usine de troncs prĂȘts Ă ĂȘtre expĂ©diĂ©s nous donnent le tempo pour la suite du pĂ©riple sur cet autre bout de terre du Pacifique. Les villages que la route traverse ont parfois des boĂźtes aux lettres dĂ©corĂ©es de motifs tout Ă fait originaux. Un stop sur le bas-cĂŽtĂ© nous offre une discussion avec des retraitĂ©s qui viennent de passer 6 mois en Australie et commencent tout juste leur voyage en Nouvelle-ZĂ©lande.



Cette entrĂ©e en matiĂšre nous ravit pleinement. La mĂ©tĂ©o est avec nous. Nous apprĂ©cions donc toutes les couleurs de lâeau dans les baies. AprĂšs avoir commencĂ© Ă rouler vers 14h, nous arrivons peu avant 18h. Le soleil nâest pas encore passĂ© derriĂšre les montagnes. Le premier camping de lâĂźle oĂč nous dormons se souviendra de nous. Et pourquoi ? Parce que jâai passĂ© une heure sur mon vĂ©lo Ă le nettoyer et Ă lui changer la chaĂźne. Puis jâai tentĂ© dây rĂ©gler la transmission arriĂšre sans jamais y arriver. Un sourire mâĂ©chappe en lâĂ©crivant, maintenant que je sais ce qui clochait.
Non, ce camping se souviendra de nous pour la grande explosion du matin, Ă 7h. Jâavais regonflĂ© nos pneus pour partir sur de bonnes bases sur les nouvelles routes attendues. Puis, deux minutes plus tard, ma chambre Ă air explose. Jây avais poussĂ© beaucoup trop de pression. Ce que je ne pouvais pas vraiment savoir avec la pompe que nous avions achetĂ©e. Elle dispose dâun tĂ©moin de pression Ă ressort qui nâest pas trĂšs exact. On a donc dĂ» mettre le coup de trop. Bref, il faudra faire attention la prochaine fois. La roue arriĂšre nâest pas celle quâon prĂ©fĂšre changer. Mâenfin, une chambre Ă air Ă©ventrĂ©e doit ĂȘtre remplacĂ©e. Allons-y !

Câest comme ça que la journĂ©e du Mordor commença.
La référence au Seigneur des Anneaux est fortuite mais bien à propos.
Gonflage en (bon) et dĂ» Ă forme.âš
Il est lâheure de partir dâHavelock. Destination : Nelson. La journĂ©e nâa pas commencĂ© de la maniĂšre la plus fluide possible, mais aujourdâhui promet de belles vues ! Lisa se sent bien. Son assurance sur le vĂ©lo gagne progressivement du terrain Ă chaque dĂ©but de journĂ©e. La crainte du profil dâune journĂ©e dâeffort devient petit Ă petit la motivation en elle-mĂȘme.
Les vingt premiers kilomĂštres sont dâune facilitĂ© comme on nâen avait jamais vraiment eu. Bien que le vent nous caresse de face, rien dâalarmant. Ma chaĂźne fait un drĂŽle de bruit et les vitesses ne tiennent pas, ces dĂ©tails se rĂ©gleront Ă Nelson, bien pourvu en bike shops. Des travaux me font mâarrĂȘter au feu de rĂ©gulation. Le travailleur prĂ©sent veut nous faire passer tous les deux en mĂȘme temps. Un corridor nous sera ouvert aprĂšs le passage des vĂ©hicules motorisĂ©s qui, selon lui, regorgent de fous peu attentifs. Quel accent il avait ! Je me disais intĂ©rieurement que mĂȘme Lisa nâaurait pas vraiment captĂ© ce quâil disait. Jâavais compris le principal, et nous avons pris le temps dâattendre la plus vaillante cycliste du monde australien. Lisa dans ma roue, nous avons profitĂ© comme il se doit de ce moment. Nous avons toutefois constatĂ© que la circulation sur la Highway 6 commençait Ă sâintensifier. PassĂ© Canvastown, les arbres se regroupent en forĂȘt pour nous faire arriver Ă un tournant.
Non, je devrais dire LE tournant de ce voyage. Pelorus Bridge est le nom dâun pont, comme il lâindique, pas plus. Dans le sens est-ouest, il amĂšne Ă offrir un choix : suivre la SH-6, bien empruntĂ©e, avec du dĂ©nivelĂ© dont lâescalade ne serait pas la plus agrĂ©able avec tout ce bruit et ces dĂ©passements, ou emprunter une gravel road (route de gravier) qui offre bien moins de kilomĂštres, mais dont le revĂȘtement reste incertain pour nos vĂ©los chargĂ©s. A priori, peu de chance de prendre une mauvaise dĂ©cision.
Ben voyons ! On se concerte. Nous prendrons lâoption la plus courte en gravier.
Une nouvelle journĂ©e commence alors. Il est 11h et lâasphalte nous quitte trĂšs vite. Une route de gros gravier blanc, qui colore chaussettes et compagnie de sa poussiĂšre, nous accueille pour un bout de temps. Il y a tellement peu de tamis disponibles pour nous offrir de la stabilitĂ© que lâon se dit que quelque chose cloche. Tout ça devrait bien sâamĂ©liorer Ă un certain moment.
Le dĂ©cor reste absolument prometteur nĂ©anmoins. Nous sommes entourĂ©s de fermes, de forĂȘts et de riviĂšres. Nous montons avec constance pour redescendre vers des riviĂšres. Les panoramas offrent des perspectives qui nous scotchent. Nous constatons que nous sommes seuls, Ă part quelques randonneurs au long cours. Personne ne passe vraiment par ici.

Avec le poids rĂ©parti Ă lâavant et Ă lâarriĂšre, nous sommes relativement stables lorsque le revĂȘtement accueille sans remous nos pneus. Si les cailloux sont gros et nombreux, lâĂ©quilibre se fait moins facilement. Notre arriĂšre chasse facilement, emportĂ© vers le cĂŽtĂ© bas de la pente dans les virages. La direction, quant Ă elle, se fait aisĂ©ment dans les virages, notamment en descente.
AprĂšs les premiers 13 kilomĂštres remplis de frayeurs et dâĂ©merveillements relatifs, nous dĂ©cidons de manger au pied de la Maungatapu Track. Au son de la riviĂšre Te Hoiere, nous discutons pour nous rassurer. Un peu dâĂ©nervement nous habite aussi Ă lâidĂ©e de voir de tels terrains proposĂ©s comme itinĂ©raires cyclables. Une boule au ventre silencieuse sâinstalle en moi Ă lâapproche de lâaprĂšs-midi et de ce que lâon devine du terrain.
Sâannonce devant nous : 7 kilomĂštres de grimpe.âšSi seulement je vous disais que lâon a grimpĂ© tout ça en vĂ©lo. Ce fut plutĂŽt, AVEC nos vĂ©losâŠ
AprĂšs avoir dĂ©jĂ luttĂ©, il fallait encore rĂ©aliser un effort considĂ©rable. Une montagne, que dis-je, le mont Olympe. Ce nâĂ©tait pourtant que le Maungatapu Saddle.
La piste, puisque câest une piste et non une route, commence en Ă©pingles de 50 m chacune que nous entamons en poussant nos vĂ©los. Nous sommes probablement Ă 7 % sur un gravier aussi coquin que la route prĂ©cĂ©dente. Pourquoi pas.

Le soleil donne vraiment bien. Nos gourdes sont deux tiers remplies, comme une journée normale à cette heure-ci. Nos espérances restent au beau fixe sur la fin de cette journée. Qui devrait se terminer vers 16h.
Il faut maintenant sâimaginer une cĂŽte interminable qui ne sâarrĂȘtera jamais pendant 6 kilomĂštres, entre 8 et 14 %. Ce que lâon ne pourra jamais pratiquer. Sur les doigts de la main, je peux compter le nombre de fois oĂč la selle a retrouvĂ© mes fesses pour profiter dâavancer « plus vite » sur un replat. Nous dirons merci Ă nos talkies-walkies pour ce quâils nous auront permis de communiquer Ă des moments charniĂšres. Jâavancerai devant, laissant Lisa derriĂšre, espĂ©rant quâelle ne lĂąche jamais. En me faisant du souci pour elle, je veux quâelle arrive en haut.
AssurĂ© que la descente sera des plus praticablesâŠâšLa montĂ©e dĂ©jĂ ?
Pour parcourir ce chemin parsemĂ© de cailloux flottants, dont poser le pied sur la pĂ©dale les faisait voler derriĂšre nous, notre position principale Ă©tait les deux mains sur le guidon, le corps inclinĂ© Ă gauche, et pousser. Encore pousser. Chaque mĂštre comptait. Les lignes droites semblaient ĂȘtre des murs. JâĂ©tais « chanceux » de savoir combien de mĂštres il restait jusquâau sommet ou encore quelle serait la rĂ©elle difficultĂ© de la pente.
Nous nâavons fait que nous encourager tout du long. Chaque prise de parole Ă©tait aussi une prise de repĂšre. Je pouvais savoir ce quâil restait Ă parcourir Ă Lisa lorsquâelle me disait ce quâelle voyait autour dâelle. Au loin, la forĂȘt de pins, dans un climat du jour trĂšs sec, des pylĂŽnes de cĂąble Ă©lectrique qui sont les seuls Ă traverser ce dĂ©sert. Ă part des motards, qui ont bien raison dâen profiter, car ils sont les seuls Ă pouvoir passer par ici, ou encore des 4×4 conduits par des apiculteurs dont les ruches se trouvent en plein dans un virage. La belle vie des abeilles, tiens !
Ă un moment donnĂ©, je fais le point : 2h pour parcourir la moitiĂ© de la distance jusquâau sommet. Câest Ă la fois ahurissant dâĂȘtre aussi lent, et fatiguant dâavance. Nous gardons tout notre espoir, dans le sens oĂč cette montagne doit ĂȘtre franchie. Parfois, il faut ĂȘtre binaire. La descente ne se fera pas par celle que lâon monte.
Le chemin me fait redescendre dans un contre-bas pour traverser une riviĂšre. Câest la premiĂšre fois que cela nous arrive. Je me dĂ©chausse pour rĂ©aliser lâopĂ©ration pieds-nus. Le ressenti est certes frais, mais il nâen est pas moins vivifiant. Une sorte de booster pour la suite. MĂȘme si je vois ce quâil reste Ă faire. ĂpuisĂ©, je me dis quâil faut garder la luciditĂ© pour nous deux. Je pose le vĂ©lo en espĂ©rant vainement que Lisa me rejoindra le temps de lâopĂ©ration. Je viens dâavoir lâidĂ©e de remplir mes gourdes avec le filtre Ă eau que je nâai jamais utilisĂ©. VoilĂ son moment.

Jâen profite pour me dĂ©saltĂ©rer et me rechausser tranquillement. Faire une sorte de mini-pause est en soi salvateur. En avançant de nouveau, Lisa me demande de lui dire sans dĂ©tour ce quâil reste Ă faire. JâhĂ©site Ă lui dire toute la vĂ©ritĂ©. Il faut nĂ©anmoins quâelle ait une vraie idĂ©e pour savoir comment se gĂ©rer. Ce qui amĂšne la constatation quâelle ne va plus avoir dâeau. Je prends la dĂ©cision de lui dĂ©poser sur le chemin lâune de mes trois gourdes pleines. Elle la retrouvera bien vite. Cette allonge sera son petit cadeau de mi-parcours.
Le chemin passe ironiquement devant un panneau de site historique bien nommĂ© Murderers Rock⊠Juste avant le passage dâune nouvelle riviĂšre que je dĂ©cide de traverser sans enlever les chaussures. Le temps passe et nous ne sommes toujours pas en haut. 2 kilomĂštres en deviennent 100. Le mental est lĂ . Le sticker sur mon cadre prĂŽnant « Start with legs, finish with mental » se vit en direct. Tout est rĂ©alisable avec le mental, il suffit dây croire. Quâimporte lâheure, nous arriverons lĂ oĂč nous devons ĂȘtre.
Plus loin, alors quâil ne me reste plus quâun kilomĂštre, Lisa me demande si, aprĂšs cette derniĂšre riviĂšre, elle doit prendre Ă droite ou tout droit. Je ne vois absolument pas de quoi elle parle. Je hurle presque dans la radio quâelle nâa pas de question Ă se poser et que « tout droit » reste la vĂ©ritĂ©. Peur quâelle ne sâen aille je ne sais oĂč, quâelle ait perdu la tĂȘte de fatigue, je rĂ©pĂšte pendant un long moment.
Oh, un pylĂŽne ! Je le vois sâapprocher au fur et Ă mesure que jâavance. Est-ce un signe ? Je crois bien. HabituĂ©s des cĂŽtes, on apprend vite que les clochers, les Ă©oliennes et autres Ă©difices dâacier se situent souvent aux sommets. Ce repĂšre ne me fait plus rien lĂącher. Le Saddle nâest plus trĂšs loin. Un bikepacker beaucoup plus lĂ©ger, que Lisa mâavait dĂ©jĂ annoncĂ©, arrive Ă ma hauteur. Je le checke. Il est lĂ comme un rĂ©confort alors que nous sommes dans le mĂȘme enfer. MĂȘme si jâaurais prĂ©fĂ©rĂ© pousser son vĂ©lo, plus lĂ©ger. Et câest un plaisir inattendu de ne pas avoir Ă arriver en haut seul. Nous Ă©changeons quelques mots, alors que nous buvons les gouttes quâil nous reste. Une barre de cĂ©rĂ©ales. Ce gars va pourtant continuer plus loin que Nelson. Il est fou, de mon point de vue, Ă cet instant.
Lisa me parle dans le talkie. Il repartira pendant que je peine Ă lâentendre. JâespĂšre Ă chaque instant la voir apparaĂźtre au bout du virage en regardant la pente que je viens de finir. Jâai du mal Ă y croire. Plus de 3 heures pour faire 7 kilomĂštres. Mes yeux se tournent vers ce pylĂŽne, symbole dâobjectif insaisissable, puis vers ce dĂ©but de descente que je devine. Peu engageant, je dois dire. Il est 17h. Nous sommes Ă la frontiĂšre entre deux districts. Je pense que câĂ©tait une consolation de passer dans celui de Nelson. Un nouveau monde. On en Ă©tait lĂ .
OĂč en Ă©tait Lisa ?
LâidĂ©e me traverse : je ne peux pas rester lĂ , satisfait dâavoir affrontĂ© lâinvisible, pendant quâelle continue de lutter. Jâai retrouvĂ© un peu dâĂ©nergie, mais je ne sais pas vraiment ce qui se passe dans ma tĂȘte aprĂšs ces efforts. Comme si, une fois passĂ©s, il nây avait plus de raison de sâen faire.
Je dĂ©cide donc de redescendre vers Lisa, avec la sangle Ă bagages que nous avons emportĂ©e, sans jamais lâavoir utilisĂ©e jusquâici (et je suppose, sans jamais lâutiliser aprĂšs). Avec cette sangle, je vais la tirer sur les deux derniers kilomĂštres. Ă chaque pas en descente, jâespĂšre que ce sera le dernier, que le terrain ne remontera pas. Et puis, je la vois. Un pincement au cĆur me traverse. On sâenlace, lâĂ©nergie se partage. Nous avançons de 100 mĂštres en 100 mĂštres. Lisa a mal partout. Nous nous motivons, mĂ©thodiquement, pour atteindre lâobjectif du « petit Ă petit ».
Dernier virage ! Lisa nâa presque plus la force de se rĂ©jouir. Une derniĂšre poussĂ©e.âš
Nous y voilĂ . Arriver tous les deux, câest tellement important.

Elle pose son vĂ©lo contre le mien.âš
Un Ă©norme cĂąlin, tous deux transpirants.âš
Le soleil ne cesse de nous dessĂ©cher.âš
Mais il nâa pas noyĂ© notre esprit dans son bleu inquisiteur.âš
Le soleil, seul tĂ©moin de notre souffrance comme de notre rĂ©ussite, jubile peut-ĂȘtre.
Dâautres passeront aprĂšs nous, comme avant, dâailleurs.âš
Mais dans nos cĆurs, il y a une fiertĂ©, indĂ©niable.
Ce que nous ressentons, câest un croisement de fiertĂ© et de tĂ©tanie. Fiers de ce que nous avons traversĂ©.âš
Inquiets de ce qui viendra ensuite. Descendre ? Vous me direz « facile ».âš
Oui, mais⊠Vous vous souvenez de ce que je vous expliquais sur l’Ă©quilibre de nos vĂ©los ?âš
Ăa fonctionne avec une piste qui descend⊠et fort !
Il faudra vous raconter la suite.âš »Ah, pas maintenant ? »âš
La suite est merveilleuse.âš
Dur, bien entendu.âš
CâĂ©tait sans compter sur la magie du voyage.
Allez, ce nâest pas pour rien quâil y a un Ă©pisode 1.âš
à suivre trÚs vite. Nous vous écrivons bientÎt.
Et vous, vos galĂšres en voyage ? C’Ă©tait quoi le pire đ€Ł
On répond à toutes vos questions en commentaire si vous souhaitez en savoir plus sur certains points.
Et pour complĂ©ter cet article, retrouvez nos stories sur Instagram : elles sont pleines de dĂ©tails sur notre aventure. đ
Tous nos liens sont prĂ©sents sur votre droite pour savoir oĂč l’on est ou Ă©couter les chansons qu’on dĂ©couvre đ
En savoir plus sur L'ĂTONNANTE TRAVERSĂE
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.