L’art d’un voyage en vélo

Une aventure sensorielle.

On s’étonne encore des voyageurs à vélo.

Pourtant, beaucoup ont choisi cette manière de vivre l’aventure.
Pour nous, le choix s’est imposé naturellement.
Nous aurions pu partir à pied, mais la vitesse tranquille du vélo s’est révélée idéale.
Elle nous permet de parcourir une soixantaine de kilomètres par jour.
En nous laissant le temps d’admirer la profondeur des paysages.

L’allure nous laisse écouter le chant des oiseaux tout au long de l’étape.
Les sons de la nature se mêlent aux parfums subtils qui flottent dans l’air.
Ces sollicitations de nos sens sont des trésors que nous gardons précieusement pour plus tard.
Souvent, une sensation particulière d’un instant d’aventure refait surface, comme un souvenir jailli d’un chemin de calcaire.
Là, mon vélo soulève la poussière blanche du passé, et je choisis entre la trace de droite ou de gauche.
Le soleil m’accompagne me faisant froncer les sourcils quand ce n’est pas les nids de poule qui se mettent en travers du chemin.
Puis, vient la descente.
Le vent reprend tous les commandements, nous emportant dans sa légèreté.

C’est ça, le voyage à vélo : une succession de sensations, entre poésie et réalité.
Les pensées vagabondent.
Où vais-je dormir ce soir ?
Qu’est-ce qui m’attend demain ?
Ces questions sont en suspens, comme autant de réponses que seul l’acte de continuer à pédaler peut offrir.
Car avancer, c’est notre seule certitude. À vélo, c’est l’immobilité qui avance.
Même lorsque je cesse de pédaler, je ne m’arrête pas.
Contrairement à d’autres moyens de transport, je suis le moteur de mon propre voyage.
Cette liberté, celle de ne dépendre que de mon corps, est une forme d’autonomie totale.

Voyager à vélo, c’est aussi partir à la découverte du monde et de soi.
Même lorsque le doute s’installe, il y a toujours cette curiosité qui nous pousse à continuer.
Et tant que la route reste plate, tout semble possible !
Mais attention aux côtes, où l’effort devient une autre forme d’exploration.

Les routes que nous empruntons, souvent désertes, deviennent des boulevards pour nos roues.
Les graviers, la boue, l’asphalte sont des terrains à conquérir.
Là où peu de voitures passent, l’espace devient une invitation à l’aventure.
Le vent, parfois allié, parfois ennemi, nous informe de chaque changement dans l’air.
Lorsqu’il est de face, on pourrait croire que les pneus sont collés à la route.
Mais lorsqu’il nous pousse, c’est une sensation d’euphorie.

Et puis il y a les vaches.
À chaque rencontre, je me surprends à observer cet échange silencieux de regards.
Qui admire qui, je me le demande toujours.
Une connexion se crée, un lien mystérieux, comme si nous étions, pour un instant, sur la même longueur d’onde.
Contrairement à ces compagnons paisibles, les chiens ne partagent pas toujours cette tranquillité.
Ils nous poursuivent parfois, en quête d’un jeu ou par instinct de protection.

Chaque jour à vélo apporte son lot de surprises, des imprévus que nous apprenons à accepter avec calme.
Rien ne presse, tout se fait en douceur.
Même une crevaison, bien que toujours indésirable, devient une partie du voyage à gérer sans précipitation.
Une fois, ça passe. Deux fois, c’est une autre histoire.

Voyager ainsi, c’est aussi rencontrer des gens.
Pour deux minutes ou trois jours.
Leurs sourires, leurs étonnements, tout cela nous rapproche d’eux.
L’absence de barrière entre nous et le monde favorise une spontanéité bienveillante.
Partout où nous allons, un lien se tisse naturellement avec les lieux et les gens.
Il y a cette magie du voyageur à vélo, une hospitalité presque instinctive envers celui qui arrive par l’effort.
Peut-être est-ce la récompense de ceux qui viennent à la rencontre du monde sur deux roues.

Alors oui, c’est beaucoup de chose, le voyage à vélo.
C’est une aventure des sens, une surprise permanente.
Nous avons faim d’émerveillement, et nous offrons notre main ouverte à tout ce que le monde peut nous donner.
Comme la route qui s’ouvre devant nous, une roue devant l’autre, nous continuons.
Prêts à partager tout ce que nous découvrirons avec ceux qui nous suivront.


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